Le v. 16 est la transition de la première demande à la seconde. Jésus les a introduits dans la sphère de sainteté dans laquelle il vit lui-même ; mais il ne faut pas seulement qu'ils y demeurent (garde-les) ; il faut qu'ils y pénètrent plus avant, qu'ils s'y affermissent ; car ils ont la mission d'y introduire le monde. - Ἁγίασον, sanctifie : ce mot ne désigne pas seulement leur propre perfectionnement moral (Lücke, de Wette), mais aussi la consécration de leur vie entière au service de l'œuvre de Dieu (v. 18). D'après 10.36, une consécration a précédé l'envoi de Jésus sur la terre : « Moi que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde. » Il a été marqué du sceau de la sainteté afin d'établir ici-bas le règne de la sainteté. La même chose doit se répéter pour ses disciples. Le mot ἁγιάζειν, sanctifier, n'est point synonyme de καθαρίζειν, purifier. Saint n'est pas l'opposé d'impur, mais simplement de naturel ou de profane (sans l'idée de souillure). Sanctifier, c'est consacrer à un usage religieux ce qui appartenait jusqu'alors à la vie commune, sans idée de péché. Comparez Exode 40.13 ; Lévitique 22.2-3 ; et Matthieu 23.17 : « Lequel est le plus grand, l'or ou le temple qui sanctifie l'or ? » Mais au point de vue de l'A. T., la consécration était un fait extérieur, rituel : dans la nouvelle alliance, où tout est spirituel, le siège de la consécration est avant tout le cœur, la volonté du consacré. Jésus, en disant : Sanctifie-les, demande donc pour eux une volonté entièrement dévouée au bien, c'est-à-dire à Dieu et à son service, par conséquent à la tâche que Dieu leur donne à remplir dans le monde. Toutes leurs forces, tous leurs talents, toute leur vie doivent être marqués du sceau de la consécration à cette grande œuvre, le salut des hommes ; ce qui implique le renoncement à toute satisfaction propre, quelque légitime qu'elle puisse être, l'absence de toute vue intéressée, de toute recherche de soi-même. C'est là l'idée sublime de la sainteté chrétienne, mais envisagée ici, où il s'agit des apôtres, comme devant être réalisée sous la forme spéciale du ministère chrétien, de même que chaque fidèle doit la réaliser sous la forme de la tâche spéciale qui lui est providentiellement assignée. Nous avons, dans la traduction, donné à ἐν le sens instrumental, par, comme 1.31,33. La vérité divine est ainsi désignée comme l'agent de la consécration. Meyer, Weiss, Wahle, Holtzmann et d'autres traduisent « Dans ce milieu de la vérité, où je les ai placés, achève de les sanctifier. » Mais à quoi bon dans ce cas ajouter ces mots : « Ta parole est la vérité ? » Ne doivent-ils pas servir à présenter la vérité comme le moyen par lequel seul peut s'opérer cette consécration ? Weiss cherche en vain à leur donner un autre sens. - Le T. R. lit σου (de toi) avec le mot la vérité dans la première proposition ; ce pronom manque chez les alex. et a probablement été ajouté d'après la proposition suivante (ta parole). - La vérité est l'expression adéquate du caractère de Dieu et de sa relation avec nous. Cette vérité ne se trouve que dans la parole de Dieu adressée au monde par la bouche de Jésus. Le second ἀληθεία n'a pas l'article : cette parole est vérité, rien que vérité. - A l'appui de cette prière, Jésus allègue deux motifs, l'un tiré de ce qu'ils auront à faire pour le monde (v. 18), l'autre du travail qu'il accomplit sur lui-même en leur faveur (v. 19). Leur mission est la sienne et sa sainteté sera la leur :