La promesse du retour de Jésus, pour être consolante, ne devait pas être à trop long terme. Jésus affirme sa réalisation très prochaine. Deux courts espaces de temps, et il sera là ! Weiss, avec Lange, Hengstenberg, etc., rapporte ce retour aux apparitions de Jésus après sa résurrection. La suite (voir surtout v. 25 et 26) montrera l'impossibilité de cette explication. Mais dès maintenant l'asyndeton entre les versets 15 et 16 fait supposer une liaison de sentiment beaucoup plus profonde que ce ne pourrait être le cas dans ce sens, entre ces deux paroles. Si, conformément à ce qui précède, on applique le passage v. 16 et suivants au revoir spirituel par la venue du Paraclet promis, comme 14.17-33, tout s'explique simplement dans ce qui suit. Rempli de l'idée de sa glorification par l'Esprit dans le cœur des disciples (v. 13-16), Jésus appelle ce retour un revoir mutuel (v. 16 et 22). C'est à cette réapparition vivante dans l'âme des siens qu'aboutira sans tarder la séparation prochaine. - Le premier μικρόν, un peu de temps, se rapporte au court espace de temps qui sépare le moment actuel de celui de sa mort ; le second, à l'intervalle entre sa mort et la Pentecôte. Trois alex. et le Cantabrig. retranchent ces mots qui terminent le verset : Parce que je m'en vais au Père ; ils auraient été dans les autres documents importés ici du verset 17. Mais il me paraît plutôt que ce : Vous me verrez parce que je m'en vais, a paru absurde, contradictoire, et que l'on a retranché ici ces derniers mots. Si on les a laissés subsister au v. 17, c'est que là le ὅτι pouvait être envisagé comme dépendant de ὅ λέγει, dans le sens de que, et non de vous verrez dans le sens de parce que. Mais on n'a pas réfléchi qu'en les conservant au v. 17 on condamnait leur omission au v. 16, puisque le v. 17 est la répétition du 16. Un coup d'œil sur la note de Tischendorf montre qu'Origène est probablement l'auteur de ce retranchement, comme de tant d'autres erreurs dans le texte alexandrin. Ce parce que, qui a embarrassé Origène, est clair dès que l'on rapporte ce revoir à la Pentecôte. C'est parce que Jésus retourne au Père qu'il peut être revu des fidèles par le Saint-Esprit (7.39 ; 16.7). - Cependant, en s'exprimant comme il le faisait, Jésus proposait à ses disciples un problème ; il ne l'ignorait pas. Ces deux courts délais (un peu de temps), qui devaient avoir des conséquences opposées, et cette idée, en apparence contradictoire : Vous me verrez parce que je m'en vais…, devaient être pour eux des énigmes. Nous retrouvons ici le procédé pédagogique que nous avons observé déjà 14.4,7. Par ces expressions paradoxales, Jésus provoque à dessein la révélation de leurs derniers doutes, afin de pouvoir les dissiper tout à fait.
L'espèce d'a parte qui s'établit entre quelques-uns des apôtres (v. 17), ne s'expliquerait pas aisément, s'ils entouraient encore Jésus, comme cela avait eu lieu au moment où il prononçait 15.1 et suivants. Il est donc probable qu'en prononçant le v. 16, Jésus se remet en marche, les disciples le suivant à quelque distance. Cela explique comment ils peuvent s'entretenir entre eux, ainsi que cela est raconté dans les v. 17 et 18. Les mots : Je m'en vais à mon Père, furent peut-être le signal du départ. - Les objections des disciples sont naturelles, à leur point de vue. Là où pour nous tout est clair, pour eux tout était mystère. Si Jésus veut fonder le royaume messianique, pourquoi s'en aller ! S'il ne le veut pas pourquoi revenir ? Puis, comment se représenter ces phrases contraires qui doivent s'accomplir coup sur coup ? Enfin : Je viens, parce que je m'en vais… ! N y a-t-il pas de quoi s'écrier : Nous ne comprenons pas ce qu'il dit (v. 18) ? Tout cela prouve clairement la vérité du récit ; un écrivain postérieur eût-il pu se replacer ainsi dans le vif de cette situation-là ? Καί ὅτι : « et cela parce que… » C'est ce mot qui augmente pour eux la difficulté de comprendre. Il y a comme une sorte d'impatience dans leur manière de s'exprimer au v. 18.