Weiss voit dans cette intervention du témoignage de l'Esprit un fait que Jésus allègue pour démontrer la vérité du mot sans cause, v. 25. Mais cette relation est peu naturelle : elle eut exigé un γάρ au v. 26. Il est plus simple d'admettre qu'en parlant de la haine du monde Jésus s'interrompt un moment, afin de montrer aussitôt aux disciples la puissance qui les soutiendra dans cette lutte terrible. Il n'indique pour le moment ce secours qu'en passant. L'idée sera développée complètement dans le morceau suivant, 16.5-15, lorsque sera achevé le tableau de l'hostilité juive. - En disant : que j'enverrai. Jésus pense nécessairement à sa réintégration prochaine dans l'état divin ; et en ajoutant : de la part du Père, il reconnaît sa subordination à l'égard du Père, même lorsqu'il aura recouvré cet état. - Jésus désigne ici l'Esprit comme Esprit de vérité pour l'opposer au mensonge du monde, à son ignorance volontaire. L'Esprit dissipera cette obscurité dans laquelle il cherche à s'envelopper. - La plupart des interprètes modernes, Meyer, Luthardt, Weiss, Keil, Wahle, Holtzmann, rapportent les mots : qui procède du Père, au même fait que les précédents : que je vous enverrai de la part du Père, à l'envoi du Saint-Esprit aux disciples. On cherche à éviter le reproche de tautologie en disant que la première proposition indique le rapport de l'Esprit à Christ, et la seconde son rapport à Dieu (Keil) ; comme si dans celle-là n'était pas déjà renfermé le : de la part de Dieu, qui, répété dans la seconde, constituerait le plus oiseux pléonasme. Il faut remarquer que le second verbe diffère entièrement du premier ; ἐκπορεύεσθαι, découler de, comme un fleuve de sa source, est tout différent de être envoyé : le ἐκ, hors de qui est ajouté ici au παρά, d'auprès de, signale également une différence. Mais surtout le changement de temps indique la différence d'idée : que j'enverrai et qui sort de. Ce que Jésus enverra (historiquement, à un moment donné) est un être divin qui émane (essentiellement, éternellement) du Père. Une exégèse impartiale ne peut, me semble-t-il, nier ce sens. C'est que les faits historiques du salut reposent, aux yeux de Jésus sur des relations éternelles, aussi bien quant à lui, Fils, que quant à l'Esprit. Ils sont comme les reflets des relations trinitaires. De même que l'incarnation du Fils repose sur sa génération éternelle, ainsi l'envoi du Saint-Esprit est en relation avec sa procession éternelle dans le sein même de l'être divin. Le contexte n'est pas le moins du monde contraire à ce sens, comme le pense Weiss : au contraire, il le réclame. Ce que Jésus envoie ne témoigne véritablement pour lui qu'en tant que sortant de Dieu. L'Église latine n'a donc pas eu tort d'affirmer le Filioque, en partant des mots : j'enverrai, et l'Eglise grecque n'a pas tort non plus de maintenir le per Filium et la subordination, en partant des mots : de la part du Père. Pour mettre d'accord ces deux intuitions, il faut se placer au point de vue christologique de l'évangile de Jean, d'après lequel l'homoousie et la subordination sont vraies simultanément. - Le pronom ἐκεῖνος « lui, cet être-là, et lui seul, » résume tous les caractères qui viennent d'être attribués à l'Esprit saint et fait ressortir l'autorité unique de ce témoin divin. Ce témoignage rendu à la personne de Jésus consiste-t-il uniquement dans la présence de l'Esprit sur la terre, comme preuve de fait de sa glorification ? Ce sens ne conviendrait ni au nom de soutien, ni à celui d'Esprit de vérité, et ne rendrait pas compte du pronom vous, dans la promesse : « Je vous enverrai. » Il s'agit plutôt ici du témoignage rendu devant le monde, en réponse à son attitude hostile, par l'intermédiaire des apôtres, par exemple par la bouche de Pierre et des cent-vingt le jour de la Pentecôte. - Mais, s'il en est ainsi, on se demande comment Jésus peut distinguer ensuite ce témoignage de celui des apôtres eux-mêmes, v. 27 : Et vous aussi vous me rendrez témoignage ; d'autant plus, que la particule καὶ δέ indique une forte gradation (comparez 6.51) ; καί : et aussi ; δέ : et de plus. Pour comprendre cette distinction, il faut commencer par le v. 27, qui est le plus simple. Les apôtres possèdent un trésor qui leur est propre et que n'eût pu leur communiquer l'Esprit, la connaissance historique du ministère de Jésus dès son origine jusqu'à son terme. L'Esprit n'enseigne pas les faits de l'histoire : il en dévoile le sens. Mais ce témoignage historique des apôtres ne serait sans l'Esprit qu'un froid récit incapable de créer la vie. Le souffle vivifiant, c'est l'Esprit qui l'apporte dans le témoignage. En faisant tomber sur les faits le jour de la pensée divine, il en fait une puissance qui saisit les âmes. Sans les faits, l'Esprit ne serait qu'une vaine exaltation dépourvue de contenu, de substance ; sans l'Esprit, la narration des faits resterait morte et stérile. Le témoignage apostolique et le témoignage de l'Esprit se réunissent donc en un seul et même acte, mais en y apportant chacun un élément nécessaire, l'un la narration historique, l'autre l'évidence interne. Cette relation se reproduit aujourd'hui encore dans chaque prédication vivante tirée des Ecritures. Pierre distingue également ces deux témoignages Actes 5.32 : « Et nous lui sommes témoins de ces choses, aussi bien que le Saint-Esprit que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » On comprend, après cela, pourquoi, lorsque les apôtres voulurent remplacer Judas, ils choisirent deux hommes qui avaient accompagné Jésus depuis le baptême de Jean jusqu'à la résurrection (Actes 1.21-22). - Le καὶ ὑμεῖς δέ signifie donc : « Et vous aussi, vous aurez votre part spéciale dans ce témoignage. » - Ce présent ματυρεῖτε, vous témoignez, que nous avons traduit par le futur, ne se rapporte nullement, comme le pensent Weiss, Wahle, Keil, au moment actuel où déjà les disciples rendent témoignage. Outre que ce fait n'avait alors qu'une vérité bien restreinte, à quoi bon le mentionner ici, puisqu'il est question de l'avenir et du témoignage de l'Esprit ? Ce présent transporte les disciples au moment où l'Esprit parlera : « Et alors, sur ce fondement vous témoignez aussi. »