Le pronom ἐγώ, moi placé en tête, et l'épithète ἡ ἀληθινή, le cep véritable, font naturellement supposer que Jésus veut établir ici un contraste entre sa personne et un cep quelconque qui n'est point à ses yeux le vrai cep. Quelle circonstance extérieure le conduit à s'exprimer de la sorte ? Ceux qui admettent que Jésus n'est point encore sorti de la salle, ou bien renoncent à résoudre cette question (de Wette), ou ont recours à l'emploi du vin dans l'institution de la sainte Cène (Grotius, Meyer), ou supposent que Jésus montrait aux disciples les jets d'une treille qui s'avançaient dans la salle (Knapp, Tholuck), ou même qu'il pensait au cep d'or qui ornait l'une des portes du temple (Jérôme, Lampe ; voir Westcott). Hengstenberg, Weiss, Keil tiennent que Jésus veut opposer son Eglise à Israël, si souvent représenté dans l'A. T. sous l'image d'une vigne (Esaïe 5.1 et suiv. ; Psaume 80.9 et suiv.). Mais la continuation de l'image (sarments, fruits, couper, brûler, etc.) montre bien que ce n'est pas un cep symbolique qui occupe sa pensée. Si nous admettons qu'en prononçant 14.31, Jésus est réellement sorti de la salle et de la ville, l'explication devient bien simple. Sur le chemin de Gethsémané, en face d'un cep couvert de sarments, Jésus s'arrête : il contemple ses disciples groupés autour de lui et il trouve dans cette plante l'emblème de sa relation avec eux. Que signifie l'objection de Weiss que toute autre plante aurait pu lui servir de symbole ? C'était celle qui se trouvait là ; et elle lui offrait des points de rapprochement qu'aucune autre ne lui présentait. Entre toutes les plantes, la vigne a certainement une dignité spéciale résultant de la noblesse de sa sève et de l'excellence de son fruit ; c'est ce qui explique l'usage qu'en fait l'A. T. pour figurer Israël, le plus noble des peuples.
Le terme cep comprend ici le tronc et les branches, comme ὁ Χριστός, 1 Corinthiens 12.12 désigne Christ et l'Eglise. Le point de comparaison entre Christ et le cep de vigne est l'union organique par laquelle la vie du tronc devient celle des branches. Comme la sève qui habite dans les sarments est celle qu'ils tirent du cep, la vie, chez les disciples, sera celle qu'ils puiseront en Jésus glorifié. Dieu est comparé au vigneron parce que c'est lui qui, par l'envoi de Jésus, a fondé l'Eglise, qui la possède et qui la cultive, du dehors par ses dispensations, du dedans par son Esprit. Jésus veut faire sentir par là le prix de cette plante que Dieu lui-même a plantée et dont il prend soin si personnellement. Ce qui est dit ici, n'empêche point que Dieu n'accomplisse cette œuvre par l'intermédiaire de Jésus glorifié. Seulement l'image ne permettait pas de relever cet aspect de la vérité ; car Jésus est ici comparé au cep lui-même, et c'est sous le rapport, de son unité avec les siens qu'il apparaît dans cette parabole. Paul a trouvé le moyen de réunir dans la parole remarquable Ephésiens 1.22 cette double relation : Jésus un avec l'Eglise ; Jésus protégeant et gouvernant l'Eglise. - La culture du cep comprend deux opérations principales : la purification du cep et la purification des branches. La première est celle par laquelle tout rameau stérile est retranché (le αἴρειν) ; la seconde, celle par laquelle les rameaux fertiles sont émondés, c'est-à-dire nettoyés des jets inutiles, afin que la sève se concentre sur la grappe qui se forme (le καθαίρειν). Comme il ne s'agit dans ce passage que du rapport de Jésus avec les membres de sa communauté, apparents ou réels, la première de ces images ne peut être appliquée, comme l'a fait Hengstenberg, au rejet de l'Israël incrédule. Si un exemple s'offre aux yeux de Jésus, ce ne peut être que celui de Judas et de ces disciples qui avaient rompu au ch. 6 le lien qui les unissait à lui. En tous cas, il pense à l'avenir de son Eglise ; il voit d'avance ces professants de l'Evangile, qui, tout en étant extérieurement unis à lui, n'en vivront pas moins séparés de lui intérieurement, soit par suite d'un interdit qui les empêchera de se convertir véritablement, soit par l'effet de leur négligence à sacrifier jusqu'au bout leur vie propre et à resserrer chaque jour leur union avec lui. - Ἐν ἐμοί, en moi, peut se rapporter au mot sarment : tout sarment en moi, uni à moi par la profession de la foi ; ou bien au participe φέρον : qui ne porte pas de fruit en moi. Par le fruit, Jésus désigne la production et le développement de la vie spirituelle, avec toutes ses manifestations normales, soit en nous-mêmes, soit chez les autres, par la force du Christ vivant en nous (Romains 1.13). Il peut arriver que le fidèle, après un temps de ferveur, laisse sa vie propre reprendre le dessus sur celle qu'il tire du Seigneur, et que celle-ci aille en dépérissant. Alors intervient le coup de serpe du vigneron. Après avoir toléré pendant un temps ce membre mort dans l'Eglise, Dieu, par une tentation à laquelle il le soumet, ou par une dispensation extérieure qui le sépare du milieu dans lequel il se trouvait, ou par le coup de la mort, le sépare extérieurement de la communauté des croyants à laquelle ne le rattachait qu'un lien apparent.
La seconde opération, la purification des branches, a en vue les vrais croyants qui vivent réellement en Christ par le Saint-Esprit. Elle est destinée à supprimer tous les jets de la vie propre qui peuvent encore se manifester chez eux, et qui paralyseraient la puissance de l'Esprit. Le v. 3 montrera que c'est la Parole divine qui a proprement mission d'émonder ces jets ; mais si ce moyen n'est pas employé ou ne suffit pas, Dieu fait usage d'autres instruments plus douloureux qui, semblables à une serpe bien aiguisée, tranchent dans le vif des affections naturelles et de la volonté charnelle (1 Corinthiens 11.30-32) : De cette manière, tout l'être du disciple finit par être mis au service de la production du divin fruit.
Au v. 3 Jésus déclare aux disciples qu'il les range dans la seconde classe de sarments, et non plus dans la première. L'œuvre de l'émondation seule les concerne et même en principe elle est déjà accomplie chez eux. En recevant Christ et la parole qu'il leur a annoncée, « ils ont porté au vieil homme le coup de mort » (Gess), lors même qu'il doit mourir encore. Par l'éducation morale qu'ils ont reçue de Jésus, a été déposé en eux le principe d'une pureté parfaite. Car la parole de Christ est l'instrument d'un jugement quotidien, d'une constante et austère discipline que Dieu exerce sur l'âme qui y reste attachée. Sur ce rôle attribué à la parole de Jésus, comparez 5.24 ; 8.31-32 ; 12.48. - Διά (avec l'accusatif), non par, mais en raison de. - Ὑμεῖς : vous, en opposition à tous ceux qui ne sont point encore dans cette position privilégiée. - De la nature de cette position (en moi) Jésus conclut au devoir qu'elle impose : demeurer en lui.