A l'occasion de ces interruptions que se permettent les disciples Gess fait observer combien ils se sentaient à l'aise avec le Seigneur et combien ce mode de relation justifie le mot : « Je vous ai appelés mes amis, » 15.15. - Pierre avait demandé de suivre Jésus. Thomas avait désiré au moins savoir où il se rendait et par quelle voie. Puisqu'ils ne peuvent ni suivre, ni comprendre clairement Philippe voudrait du moins avoir un gage du glorieux avenir qui leur est réservé ; et quel gage plus certain qu'une apparition de Dieu lui-même ! Le désir de la vue immédiate de Dieu n'est-il pas une aspiration qui habite au plus profond du cœur de l'homme ? comparez la demande de Moïse, Exode 23.18. C'était le même point de vue que celui des Juifs quand ils demandaient à Jésus un signe dans le ciel. Ce désir serait fondé si l'essence de Dieu consistait dans la puissance ; la vraie théophanie pourrait consister en ce cas dans une apparition resplendissante. Mais Dieu est sainteté et amour ; la réelle manifestation de ces perfections morales ne peut consister que dans une vie morale telle qu'en elle, dans ses actes et dans ses paroles, éclate la perfection morale du caractère divin. Or, ce spectacle unique, cette parfaite théophanie, ce resplendissement visible de Dieu, les disciples l'ont sous les yeux depuis plus de deux ans : comment n'ont-ils pas mieux apprécié le privilège qui leur a été accordé ? - Quelle majesté dans cette réponse ! Le fond de la conscience humaine de Jésus est tellement le sentiment de sa divinité, qu'il ne comprend qu'avec peine que la connaissance de sa vraie nature ne se soit pas formée d'elle-même dans le cœur de ses disciples. - L'interpellation : Philippe, sert à rappeler à lui-même ce disciple qui s'oublie au point de faire une pareille demande. On peut, comme Luthardt, rattacher ce vocatif à la phrase précédente, qui s'adresse individuellement au disciple, ou le lier à la suivante, qui, comme maxime générale, sert à remettre l'apôtre dans le vrai. Les parfaits ἐγνωκας, ἑωρακώς, ἑώρακε, as connu, a vu, opposent l'état permanent à l'acte brusque et isolé exprimé par l'aoriste δεῖξον, montre-nous. - L'idée de la simple union morale de Jésus avec Dieu ne peut épuiser le sens de cette parole. Un chrétien, même consommé, ne dirait pas : « Celui qui m'a vu, a vu le Christ. » Combien moins un homme, même parfait, pourrait-il dire : « Celui qui m'a vu, a vu le Père ! » cette expression ne se comprend qu'autant que le Fils continue ici-bas, sous la forme de la vie humaine, la fonction révélatrice qu'il possède, comme Parole, dans son état de vie divine.