Jésus indique à Philippe deux signes auxquels il eût dû et il peut en ce moment encore reconnaître en lui la véritable apparition de Dieu. Il ne dit pas qu'ils ne soient, lui et le Père, qu'une seule et même personne. Il prie constamment le Père en disant : Tu. Mais c'est une union par laquelle ils vivent l'un dans l'autre (comparez Gess), et cette relation a pour arrière-plan la vie du Logos. Les mots : Ne crois-tu pas ? font envisager à Philippe sa prière comme une inconséquence de sa foi. - Il y a dans l'union de Jésus avec le Père deux faces : moi dans le Père : Jésus se dépouillant de lui-même pour se transporter en Dieu ; et le Père en moi : Dieu communiquant à Jésus toute sa richesse de force et de sagesse. D'un côté, Jésus faisant le vide de lui-même ; de l'autre, Dieu remplissant ce vide. - Après cela Jésus caractérise chacun des deux côtés de cette relation par celle des manifestations de sa vie qui est le plus propre à la mettre en lumière : le premier, par ses paroles ; le second, par ses œuvres. Pas une de ses paroles qu'il tire de lui-même et qu'il ne reçoive de Dieu ! Pas une de ses œuvres que Dieu lui-même n'opère par lui ! De sa propre sagesse, rien ! Par la force de Dieu, tout ! La proposition négative convient mieux à la sagesse, la forme active à la puissance. Le verset suivant explique pourquoi les paroles sont placées ici avant les œuvres ; comparez l'inverse 8.28 où Jésus parle aux Juifs incrédules. Le premier signe de la communauté de vie et d'action entre Jésus et Dieu, pour les cœurs préparés, ce sont ses enseignements ; pour les moins bien disposés, ce sont ses œuvres. On peut hésiter entre les leçons λαλῶ et λέγω, dans le premier membre de phrase. Dans le second, le terme λαλῶ convient en tout cas parfaitement. Jésus n'est que l'organe du Père : Dieu dit ; Jésus énonce.
Au v. 11, Jésus réclame de ses disciples la foi en son union avec le Père sur l'autorité du témoignage qu'il s'est rendu à lui-même. Dans la seconde proposition, l'impératif croyez est sans régime d'après la leçon de ℵ D L : « Croyez, » absolument parlant, ce qui paraît logique. Cependant la leçon à moi dans les autres autorités peut aussi se défendre : « Croyez-moi, si ce n'est sur ma parole, du moins en raison de mes œuvres : » comparez 10.38. Jésus entend évidemment par là ses œuvres surnaturelles, ses miracles. Les miracles sont une preuve pour celui qui ne croit pas aux paroles, parce que ce témoignage divin, ne passant pas par la bouche de Jésus lui-même, a un caractère d'objectivité. Par cette parole, Jésus assigne aux miracles leur vraie place dans l'apologétique. - Dans les deux premières éditions de cet ouvrage, j'envisageais le passage suivant comme destiné à ajouter à la révélation de Dieu objective, accomplie en la personne de Jésus (v. 8-11), la théophanie subjective, intérieure, œuvre de l'Esprit, qui va être décrite v. 12-24. Il me paraît qu'une autre liaison doit être admise (voir au v. 12).