Jésus continue son discours, comme s'il n'avait pas entendu la question de Jude : car la première partie du v. 23 n'est que la reproduction développée et précisée du v. 21. Et il répond cependant à la question posée, en réaffirmant plus énergiquement la promesse ainsi que la condition morale qui avait provoqué l'objection ; comparez la même manière de répondre, Luc 12.41 et suiv. Aimer Jésus, garder sa parole, être aimé du Père, voilà les conditions auxquelles s'accomplira la révélation promise (v. 23) ; or le monde ne les remplit point : il est même animé des dispositions contraires (v. 24). - Quant aux conditions et à la nature de cette révélation, Jésus les développe magnifiquement. La révélation de lui-même qu'il donnera au fidèle ne sera rien moins que sa propre habitation dans le croyant, et cette habitation se confondra avec l'habitation de Dieu lui-même en lui. Comment ne penser ici qu'aux apparitions du Ressuscité ou même aux assistances momentanées accordées aux disciples par le Seigneur glorifié dans l'œuvre de leur ministère ! Il est incompréhensible que Weiss puisse persister dans une telle interprétation jusqu'à la fin. - Ici, comme 10.30, Jésus dit nous en parlant de Dieu et de lui ; cette tournure, sous peine d'être blasphématoire ou absurde, implique la conscience de son union essentielle avec Dieu. - La conception du règne de Dieu que nous trouvons ici n'est point étrangère aux synoptiques : comparez Luc 17.20 : « Le règne de Dieu ne vient pas de manière à être observé : il est au-dedans de vous (ἐντὸς ὑμῶν) ; » et Matthieu 28.18-20. Une image très analogue se rencontre Apocalypse 3.20 : « Si quelqu'un m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec moi. » - Le v. 2 prouve que le terme μονή, demeure, peut désigner non seulement une hôtellerie, mais le domicile permanent (voir Passow). Cette expression met peut-être en relation l'idée de ce verset avec celle du v. 2. Ici-bas, c'est Dieu qui fait sa demeure chez le croyant : là-haut, ce sera le croyant qui fera sa demeure chez Dieu. Le premier de ces faits (v. 23) prépare le second (v. 3). - Weiss s'appuie sur le παρ’ αὐτῷ proprement auprès de lui, pour soutenir qu'il n'est pas question dune habitation intérieure. L'unio mystica entre Christ et le fidèle eût dû, selon lui, être désignée par ἐν αὐτῷ, en lui. Mais la préposition παρά, chez, est nécessairement amenée par l'image d'une demeure (μονὴν ποιεῖν) et ne peut servir à déterminer le mode de cette union. Il ressort des termes ἐμφανιζειν et πρὸς αὐτόν comme du parallèle Apocalypse 3.20, que ce mode est intérieur et spirituel.
Le v. 23 justifiait le : à nous, dans la question de Jude : le v. 24 répond au : et non pas au monde. Entre les deux propositions du v. 24, il faut sous-entendre cette idée : « Ce n'est pas peu de chose que de rejeter mon enseignement ; et en effet (καί) c'est celui de Dieu même » (12.49, etc.). Conclusion sous-entendue : « Comment, avec une disposition semblable, hostile à la parole et du Fils et du Père, serait-on apte à devenir leur demeure ! » comparez ce qui était dit du monde, v. 15 et 17. - Ainsi se sont graduellement superposés les motifs d'encouragement offerts par le Seigneur : « Vous aurez une place assurée auprès de moi dans la maison du Père… En moi, le chemin, vous ne pouvez manquer d'arriver au but… Déjà ici-bas vous avez contemplé le Père… Vous pourrez sur la terre continuer mon œuvre… Un autre soutien divin vous en donnera la force… Dans ce soutien intérieur c'est moi-même qui vous rejoindrai… Le Père lui-même viendra demeurer avec moi chez vous… » N'y a-t-il pas là de quoi justifier le : Que votre cœur ne se trouble point (v. 1) ? Le passage suivant, qui clôt ce premier épanche-ment, revient au point de départ en faisant même du : Ne vous troublez point, un : Réjouissez-vous !
6o) 14.25-31.