L'absence de particule entre ces paroles et les précédentes et suivantes trahit l'émotion avec laquelle Jésus contemple et annonce ce jour décisif de la Pentecôte. C'est, sous une nouvelle forme la réaffirmation de la même promesse.
L'expression ce jour-là indique un moment précis non une période comme le pensent Reuss, Holtzmann. Et comme les grandes circonstances du ministère de Jésus se rattachaient naturellement aux fêtes juives, et que la fête de Pâques, qui allait être l'époque de sa mort, devait être suivie bientôt de celle de la Pentecôte, rien n'empêche de penser, quoi qu'en disent Lücke, de Wette, Weiss, Holtzmann, etc., que le jour dont il parle ici fût déjà à ses yeux celui de la Pentecôte ; comparez le ἔτι μικρόν, dans peu de temps, v. 19. En tous cas, Jésus oppose ce jour de la venue de l'Esprit, quel qu'il soit, au moment présent, où les disciples ont tant de peine à se faire une idée de la relation de leur Maître avec le Père (v. 9 et 10). Ὑμεις, vous : « par votre expérience propre, et non pas seulement, comme aujourd'hui, par mes paroles. » comparez 16.25. L'objet de cette illumination spirituelle des fidèles sera d'abord la relation de Jésus avec le Père ; ils auront conscience de Jésus comme d'un être qui vit et agit en Dieu, et en qui Dieu vit et agit comme dans un autre lui-même. Cette conscience immédiate des rapports entre Jésus et Dieu procédera de la conscience vivante qu'ils recevront, de leur propre relation avec Jésus ; ils le sentiront vivre en eux et se sentiront vivre en lui : et dans l'expérience de cette relation avec lui (eux transportés en lui et lui transporté en eux), ils comprendront ce qu'il leur avait dit, sans parvenir à se faire entendre, de ce que Dieu est pour lui et de ce qu'il est pour Dieu. Alors enfin le fait transcendant de la communion entre Jésus et Dieu deviendra pour eux l'objet d'une aperception distincte par l'expérience immédiate de leur propre communion avec Jésus. Ce sont là les μεγαλεῖα τοῦ θεοῦ, les choses magnifiques de Dieu, que célèbrent en langues nouvelles Pierre et les disciples jour de la Pentecôte.
Le v. 21 précise le mode de cette illumination. Jésus avait dit sommairement v. 15 : « Gardez mes commandements, et je prierai le Père. » Il énumère ici en détail tous les anneaux de la chaîne de grâces qui se rattachera à cette fidélité pratique des siens : Il faut retenir intérieurement sa parole (ἔχειν) et l'observer pratiquement (τηρεῖν) ; c'est ce que ne fait pas le monde, qui l'a entendue, mais rejetée ; c'est pourquoi il n'est point apte à recevoir ces grâces supérieures. Par cette fidélité morale :
- un tel individu (ἐκεῖνος, cet homme exceptionnel) prend le caractère d'un être qui aime véritablement Jésus (ὁ αγαπῶν με).
- Il devient à ce titre le bien-aimé du Père, qui, aimant le Fils, aime aussi quiconque fait de lui l'objet de son amour. Cet amour du Père n'est pas celui dont il est parlé 3.16 : « Dieu a tant aimé le monde. » Ces deux amours diffèrent comme la compassion d'un homme pour son prochain coupable et malheureux, et la tendresse d'un père pour son enfant ou d'un époux pour son épouse.
- Le Fils, voyant le regard de son Père se porter avec tendresse sur le disciple qui l'aime, se sent uni à celui-ci par un lien nouveau (« et je l'aimerai ») : il l'aime plus tendrement encore à mesure qu'il voit l'amour du Père l'envelopper.
- De tout cela résulte enfin le miracle suprême de l'amour du Père et du Fils : la révélation parfaite que Jésus donne à ce disciple de lui-même : Je me révélerai à lui. C'est la condition du : vous connaîtrez, v. 20.
Ce terme tout à fait extraordinaire, ἐμφανιζειν, se rapporte à la manifestation intérieure du Messie. Il ne conviendrait nullement aux apparitions extérieures et passagères du Ressuscité auxquelles Weiss lui-même renonce à l'appliquer ; mais pour y substituer quoi ? Certaines manifestations de la proximité de Jésus accordées aux disciples dans le cours de leur vie, comme celle de l'Éternel à Moïse (Exode 33.13,18) ; « mais en tout cas pas par le moyen de l'Esprit, » ajoute cet interprète. Et pourtant les asyndeta dès le v. 17 prouvent à eux seuls que Jésus développe ici la promesse du don de l'Esprit ; et le v. 23 montre assez clairement de quoi Jésus veut parler au v. 21. C'est précisément ce caractère tout intérieur de la manifestation décrite au v. 21 qui provoque la question de Jude, v. 22. - En face de ces interruptions des disciples, Gess compare Jésus à un pilote habile qui ne se laisse pas détourner de sa marche par les vagues qui surviennent, mais qui par un prompt coup de gouvernail rend chaque fois au navire la direction voulue.
5o) 14.22-24.