La question de Thomas relative au chemin avait porté Jésus à parler de l'œuvre par laquelle il conduit les siens à la communion du Père : celle de Philippe l'avait ramené à ce qu'il avait déjà été ici-bas : la révélation parfaite du Père. Il avait été ainsi détourné de l'objet essentiel de l'entretien : l'encouragement à donner aux disciples en face de la séparation qui les troublait (v. 1). Il renoue maintenant avec ce sujet, et à la promesse d'une réunion future dans la maison du Père il ajoute celle d'un revoir bien plus rapproché, celui par lequel il reviendra habiter en eux par le Saint-Esprit et continuera par eux ici-bas l'œuvre qu'il y a lui-même commencée. Voilà la pensée de tout le morceau suivant, v. 12-24. La question de Jude n'amène pas un nouveau sujet : elle donne à Jésus l'occasion d'achever le développement précédent. - Selon Keil, le v. 12 aurait pour but de rassurer les disciples au sujet de leur future activité apostolique, à l'égard de laquelle ils seraient inquiets. D'après Weiss, Jésus voudrait leur montrer comment leurs propres œuvres remplaceront les siennes qui vont leur manquer et en raison desquelles cependant ils se sont attachés à lui. Mais il n'est plus question dans ce qui suit de ces idées-là. Il s'agit maintenant de la réunion spirituelle qui suivra la séparation imminente, et qui préparera la réunion finale promise v. 1-3. Le v. 12 est la transition à cette nouvelle promesse. Jésus commence par exposer l'effet (les œuvres qu'ils feront) pour remonter à la cause (sa puissance agissant en eux). L'expression : fera les œuvres que je fais, se rapporte aux miracles semblables à ceux de Jésus qu'ont opérés les apôtres, et la suivante : il en fera même de plus grandes, non à des œuvres extérieures plus extraordinaires - on ne mesure pas ainsi la grandeur des miracles (Weiss) - mais à des œuvres de nature supérieure même aux guérisons corporelles. Ce qu'ont fait saint Pierre à la Pentecôte, saint Paul dans le monde entier, ce qu'opère un simple prédicateur, un simple croyant, en faisant descendre l'Esprit dans un cœur, Jésus ne pouvait le faire pendant son séjour terrestre. Car, pour que de tels faits puissent se réaliser, il fallait « que le mur de séparation entre Dieu et les hommes eût été abattu et le Saint-Esprit accordé à l'humanité » (Gess) ; en d'autres termes, que, comme le dit la fin du verset, la glorification de Jésus fut accomplie : « parce que je m'en vais au Père ; » comparez 7.39. Le sarment uni au cep, peut porter des fruits que le cep ne saurait porter lui-même. Plus grand ne signifie donc pas ici plus prodigieux mais plus excellent ; et ce terme ne se rapporte pas seulement à l'extension du ministère apostolique hors des limites de la
théocratie, comme l'entendent Lücke, Tholuck, Olshausen, de Wette - cette différence n'est ici qu'en seconde ligne - mais à la nature des œuvres accomplies.
Cette supériorité de fécondité spirituelle promise aux disciples sera due à l'élévation de la position de Christ lui-même : « Parce que je m'en vais au Père. » On voit clairement ici que l'expression : s'en aller au Père, désigne, non la mort seulement, mais la mort et l'ascension réunies. - Jésus dit, selon les alex. : au Père, non : à mon Père. En effet Dieu se montre, en agissant ainsi, comme le Père des disciples non moins que de Jésus lui-même. - Il ne faut point terminer l'explication que fait attendre le parce que, avec le v. 12, en faisant, comme le veulent encore Westcott, Wahle, du v. 13 une proposition principale. Le v. 13 appartient nécessairement à cette explication. Il ne suffit pas que Jésus soit élevé ; il faut encore qu'il agisse du sein de sa gloire : parce que je vais… et que…, je le ferai. Καί : et qu'ainsi. Quoi que vous demandiez indique la part du disciple dans ces œuvres ; elle ne doit pas être passée sous silence ; autrement Jésus ne pourrait pas dire qu'ils les feront (v. 12). Cette part, ce sera simplement la prière. Le croyant demande, et le Christ tout-puissant opère du sein de sa gloire. Mais il ne s'agit pas ici de la prière en général. C'est à une prière d'un genre spécial que Jésus attribue cette coopération efficace avec lui, à la prière en son nom. Demander au nom de quelqu'un, c'est, dans la vie ordinaire, demander à la place d'une personne, comme de sa part, et en s'appliquant, en vertu de sa recommandation, tous ses titres à la faveur réclamée. Si nous n'avions que ce passage ou soit employée l'expression de prier au nom de Jésus, nous penserions donc que prier ainsi c'est demander quelque chose dans la conscience assurée de notre réconciliation avec Dieu et de notre adoption en Christ prier Dieu comme si nous étions les représentants et en quelque sorte la bouche de Jésus. Mais cette explication, en elle-même très naturelle, et que j'avais admise dans les deux premières éditions, est-elle applicable au passage 14.26 : « L'Esprit saint que mon Père enverra en mon nom ? » Il ne me le paraît pas. Les autres explications ne paraissent pas davantage satisfaire à ce postulat ; ainsi celles de Chrysostome : « en alléguant mon nom ; » de Calov : « sur le fondement de mes mérites ; » de Lücke, Meyer, Gess, etc. : « en priant dans ma communion, du sein de l'élément spirituel de ma propre vie ; » de de Wette : « en vue de ma cause ; » de Wahle : « la prière ayant pour objet ma personne et ma cause ; » de Weiss : « par mon ordre, en tant qu'il s'agira d'œuvres faites pour accomplir la mission que je vous donne ; » d'H. Holtzmann : « dans l'esprit de la communauté chrétienne, c'est-à-dire dans l'esprit de Christ, comme s'il priait dans les croyants. » Toutes ces explications sont vraies assurément, mais elles n'atteignent qu'une face de l'idée, non le centre. Je pense qu'il faut donc s'arrêter plutôt à celle de Hengstenberg, Keil, Westcott (avec des nuances) : demander une chose à Dieu comme Père sur le fondement de la révélation que Jésus nous a donnée de lui-même et de son œuvre, ou, comme dit Keil : « en nous replongeant avec foi dans la connaissance que nous avons reçue de lui comme Fils de Dieu abaissé et glorifié, » par conséquent en prenant la position d'adoption qui nous est acquise en lui. En agissant ainsi nous adressons nécessairement à Dieu une prière qui a tous les caractères énoncés dans les explications précédentes. Ce sens répond aussi à celui du terme le nom dans l'Ecriture. Car le nom résume la connaissance que nous possédons d'un être ; c'est son reflet dans notre pensée. Ce sens s'applique fort bien à la formule du v. 26. - Je le ferai, dit Jésus ; il fait ainsi ressortir la grandeur de sa position future comme organe de la toute-puissance agissant au service de l'amour paternel de Dieu. N'avait-il pas dit au v. 1 : « confiez-vous en Dieu et confiez-vous aussi en moi. » - Et tout cela aura lieu, ajoute Jésus, à la gloire du Père dans la personne du Fils, car le Fils ne songe point à fonder ici-bas un règne qui lui appartienne en propre.
Le v. 14 est une réaffirmation de cette étonnante promesse c'est ce qu'indique déjà l'asyndeton : « Oui, il en sera bien ainsi ! » - Par les mots : ὅ τι ἄν, quoi que, Jésus ouvre un champ incommensurable à l'ambition chrétienne de ses disciples. La leçon reçue ἐγώ ποιήσω, « je le ferai, moi, » est certainement la vraie leçon. Quelques alex. ont machinalement reproduit telle quelle l'expression du v. 13. Mais Jésus la modifie à dessein, en substituant ἐγώ à τοῦτο : « Moi, qui ne vous ai jamais trompés, et qui serai revêtu de la toute-puissance auprès du Père, je m'engage à le faire. » Ainsi, tandis que son disciple priera sur la terre en son nom, il agira, lui, du ciel, de la part de Dieu, pour exécuter, tant sera intime le rapprochement opéré en lui entre le ciel et la terre. - Il me paraît absolument impossible de conserver dans le texte le με, me, que les alex. donnent comme objet à αἰτήσητε : « Tout ce que vous me demanderez en mon nom. » Il est inadmissible que l'on demande quelque chose à une personne en son propre nom, sauf dans le sens : pour sa propre cause, qui ne peut être celui de cette locution. Tischendorf, Weiss, Westcott cherchent en vain à défendre cette leçon. Comparez du reste 15.16 et 16.23-24. - Il suffit, a dit Stier, de peser ces paroles qui se lisent constamment au commencement de toutes les épîtres de saint Paul : « Je ne cesse de faire mention de vous dans mes prières, etc., » pour comprendre que c'est par la prière au nom de Jésus que les apôtres ont enfanté l'Eglise. - Du moyen par lequel ils opéreront ces œuvres supérieures aux siennes propres, la prière en son nom, Jésus passe maintenant à la source divine qui fera naître dans leur cœur une pareille prière, le Saint-Esprit.