Jésus ne leur répond pas directement. Ce n'était plus le temps d'enseigner et de discuter. Il adresse à leur conscience un dernier avertissement, un suprême appel, en leur faisant sentir la gravité décisive de l'heure présente pour eux et pour tout leur peuple. Voilà pourquoi Jean dit εἶπεν, il dit, déclara, non ἀπεκρίθη, il répondit. Le jour du salut est à son terme : le soleil qui éclaire encore Israël va disparaître dans quelques instants. Quand le soleil se couche, ceux qui ont une marche à faire doivent se hâter avant que la nuit soit là. Par cette marche à faire, Jésus entend l'acte de croire, pour tous ceux qui sont encore éloignés de lui. Une fois que le révélateur céleste ne sera plus présent, le peuple incrédule sera semblable au voyageur perdu dans la nuit, qui erre au hasard, sans voir ni chemin, ni but. - Si les v. 31 et 32 résumaient toute l'histoire de l'Eglise, on peut bien dire que le v. 33 renferme celle d'Israël depuis le jour où parlait Jésus jusqu'à cette heure. La prédication apostolique fut sans doute accordée encore à ce peuple : mais comment, une fois lancé sur la pente de l'incrédulité, Israël eût-il pu, comme peuple, changer de direction ? Et lorsque la prédication des apôtres, cette grâce dernière, eut arraché un certain nombre d'individus à la ruine, elle fut bientôt retirée à la nation. Dès lors, Israël erre dans le désert de ce monde, comme une caravane sans destination et sans guide. - Les deux leçons avec vous et au milieu de vous ne diffèrent que pour l'image. - Il n'en est pas tout à fait ainsi des leçons ἕως, pendant que (T. R.), et ὡς, comme ou selon que. Meyer, Weiss, Luthardt, Keil, Holtzmann, admettant la seconde, donnent à ὡς son sens logique ordinaire : comme, conformément à ce que : « Marchez selon que vous avez la lumière, » c'est-à-dire : « En raison de ce que vous avez encore la lumière, venez à elle, croyez ! » C'est à juste titre, me paraît-il, que Bæumlein déclare impossible cette explication du ὡς. Les mots : encore un peu de temps, forcent à lui donner le sens temporel. Il faut donc, ou l'entendre dans le sens de lorsque qu'a si souvent notre comme (comparez pour cet emploi de ὡς dans le N. T., Luc 12.58 : « Comme tu vas… » pour dire : « Pendant que tu vas… »), ou, en dépit des alex., lire ἕως, pendant que (avec ℵ et les byz.). Le ε initial de ce mot s'est sans doute confondu avec le ε final du mot précédent περιπατεῖτε. - Je ne serais pas étonné cependant qu'il en fût autrement au v. 36, et que la vraie leçon fût ici ὥς. L'idée de en raison, de ce que est beaucoup plus admissible ici : « En raison de ce que vous avez la lumière, croyez à la lumière : » comparez Galates 6.10, où le ὡς peut être expliqué de la même manière. C'est précisément ainsi que lit le Sinaïticus. On s'explique d'autant mieux, dans ce cas, comment au v. 33 le ὡς a pu être substitué au ἕως. Dans deux paroles si rapprochées et si semblables, les copistes auront conformé la première à la seconde. - Une égale solennité règne dans ces deux appels des v. 35 et 36 ; seulement, dans le premier domine l'accent de la pitié, dans le second celui de la tendresse. Le dernier mot du Sauveur à son peuple devait être une invitation, non point une menace : « Puisque vous possédez encore en moi la révélation vivante de Dieu (φῶς, la lumière), reconnaissez-la, croyez en elle, afin que par là vous deveniez (γένησθε) enfants de lumière. » Par la foi en Christ l'homme est tellement pénétré de lumière qu'il devient lumineux lui-même.
Tel fut l'adieu de Jésus à Israël. Les mots : il dit ces choses, signifient qu'il ne leur donna pas d'autre réponse. Après quoi il se retira ; et le jour suivant, il ne reparut pas. Le peuple l'attendit dans le temple comme d'ordinaire, mais en vain. Ce n'était plus cette fois un simple nuage qui voilait le soleil ; le soleil s'était couché, la nuit était venue.
Troisième section
Cette section forme la clôture de la seconde partie de l'évangile (5.1 à 12.36). L'évangéliste interrompt sa narration pour se livrer à une méditation sur le fait qu'il vient d'exposer. Quel est ce fait ? Serait-ce, comme le pensent plusieurs interprètes (Reuss, Westcott, par exemple), le ministère public de Jésus ? Toute la partie ch. 5 à 12 serait le tableau de l'activité publique du Seigneur, tandis que les ch. 13 à 17 retraceraient son activité privée. Cette manière de voir nous paraît bien superficielle. Entre ces deux parties, il existe un contraste beaucoup plus profond que celui qui réside dans l'étendue du cercle d'activité ; c'est celui de l'incrédulité et de la foi, de l'incrédulité chez le peuple et de la foi chez les disciples. Ne saute-t-il pas aux yeux que le vrai sujet de l'épilogue suivant, celui qui préoccupe l'esprit de Jean et devient pour un moment l'objet de sa méditation, n'est pas le ministère public de Jésus en général, mais l'incrédulité de la nation juive ? La question à laquelle répond Jean est celle-ci : comment expliquer l'insuccès de l'œuvre du Messie en Israël ? C'est en effet l'un des problèmes les plus obscurs de l'histoire. Il se dressait dans toute sa grandeur, à la suite de la partie précédente, devant les yeux de l'historien et de ses lecteurs. Dans un premier morceau, v. 37 à 43, Jean explique les causes de ce fait mystérieux ; dans un second v. 44 à 50, il en démontre la gravité en résumant ses conséquences tragiques.
I. Les causes de l'incrédulité juive : v. 37 à 43
Si les Juifs sont le peuple élu, préparé de Dieu dans le but de recevoir le Messie et de porter le salut aux autres nations, ne devait-il pas être le premier à ouvrir les bras à Jésus, ou sinon ne faut-il pas conclure de là que Jésus n'est point réellement le Messie ? Les ch. 8 à 11 de l'épître aux Romains sont destinés à étudier ce grand paradoxe de l'histoire religieuse de l'humanité ; c'était la grande question apologétique du temps des apôtres. Aussi le passage suivant de Jean renferme-t-il bien des pensées qui forment également le fond de la dissertation de saint Paul.