L'évangéliste ajoute (versets 51,52) aux paroles de Caïphe un commentaire inattendu, lumineux, profond.
Les exégètes ne sont pas d'accord sur la nature de cette prophétie attribuée au souverain sacrificateur. Les uns, se rappelant que, dans les beaux jours de la vie religieuse en Israël, le souverain sacrificateur était censé posséder le don de prophétiser, ou de prononcer des oracles en consultant l'Eternel, (Exode 28.30 ; Nombres 27.21 ; Deutéronome 33.8) pensent qu'en ce moment l'Esprit de Dieu renouvela en Caïphe ce don depuis longtemps disparu et lui fit prononcer, en vertu de sa charge, une véritable prophétie.
Mais n'y a-t-il pas quelque chose qui répugne dans la pensée que l'Esprit de Dieu aurait réellement agi sur l'esprit d'un homme tout rempli de desseins meurtriers ? Est-ce là ce que Jean a voulu dire ? Cette pensée ne ressemblerait-elle pas à la monstrueuse erreur du catholicisme, attribuant aux papes les plus corrompus l'infaillibilité, en vertu de leur sacerdoce ?
Non, c'est bien Caïphe luimême qui, de son propre mouvement, prononce un principe de sa détestable politique, mais, par une direction spéciale de la providence divine, il le fait en des termes dans lesquels l'évangéliste pouvait, à bon droit, voir une prophétie involontaire de la mort du Fils de Dieu.
Pilate aussi, comme l'observe Bengel, proclama la royauté divine de Jésus-Christ aux yeux de tous, en attachant à la croix le titre de cette dignité. Nous dirons donc, avec M. Luthardt, que Caïphe prophétisa non comme souverain sacrificateur, en vertu de sa charge, mais comme souverain sacrificateur de cette année-là (l'adjonction de ces derniers mots n'aurait pas de sens s'ils ne portaient l'accent) car cette année-là devait voir s'accomplir le grand sacrifice qui mettrait fin à tout l'ancien sacerdoce.
"Il y a,dit R. Stierune haute ironie de la providence spéciale de Dieu dans le fait que la sacrificature expirante dut encore annoncer, sans le savoir et sans le vouloir, par la bouche de celui qui en était revêtu, le grand sacrifice d'expiation."