Une seule et même pensée avait rempli l'âme de Marthe et de Marie et peut-être celle du mourant dans ses dernières heures : Si Jésus était ici ! Mais sur ce fond commun de douleur et de regret se dessinent quelques différences significatives entre les deux sœurs. Nous avons remarqué le caractère viril de la foi de Marthe. Marie paraît au contraire entièrement plongée dans sa douleur : c'est une nature toute féminine. Et, comme les personnes à impressions vives elle ne fait aucun effort énergique pour surmonter l'accablement qui la domine. Elle se laisse tomber aux pieds de Jésus, ce que n'a point fait Marthe : c'est, d'ailleurs, la place qu'elle aime (Luc 10.39 ; Jean 12.3). Elle n'ajoute point, comme sa sœur, à l'expression de sa douleur une parole de foi et d'espérance. Il y a enfin, dans l'exclamation qui lui est commune avec Marthe, deux nuances qui ne sont pas accidentelles. Au lieu d'ἐτεθνήκει, il est mort (l'état actuel), que les byz. mettent dans la bouche de Marthe v. 21, elle dit : ἀπέθανε : il a fait l'acte de mourir ; c'est comme si elle en était encore à l'instant cruel où s'est accomplie la séparation. Cette nuance dans la leçon reçue (v. 21) parle en faveur de son authenticité. Puis le pronom μου, de moi, est placé dans la bouche de Marie avant ὁ ἀδελφός, le frère, et même, selon la leçon alex., avant ἀπέθανε : c'est comme une partie d'elle-même qui s'en est allée. - Ainsi, chez Marthe, une nature pratique et pleine d'élasticité, capable de réagir énergiquement contre un sentiment accablant ; chez Marie, une sensibilité livrée, sans la moindre trace de réaction, à l'impression qui l'absorbe. Quelle vérité dans chaque trait de ce tableau ! Jésus connaît trop bien le cœur humain pour essayer d'appliquer à Marie la méthode qu'il vient d'employer avec Marthe. Avec une douleur semblable, il ne faut pas enseigner, parler ; il faut sympathiser, agir :