Après avoir écarté (v. 9 et 10) le motif allégué par ses disciples contre ce voyage et indiqué (v. 11 et 12) la raison qui l'oblige à l'entreprendre, Jésus achève de s'expliquer et donne l'ordre du départ. - Παῤῥησίᾳ, comme 16.25 : en termes propres, sans figure. - Il y aurait nous l'avons vu, fausseté manifeste à s'exprimer comme Jésus le fait au v. 15, si cette mort eût été l'effet intentionnel de sa propre manière d'agir. - Les mots : afin que vous croyiez, sont le commentaire du régime : à cause de vous. Sans doute, les disciples étaient déjà croyants : mais, comme le dit Hengstenberg, en croissant, la foi devient. A chaque degré nouveau auquel elle parvient, le degré précédent ne lui paraît plus à elle-même qu'incrédulité. Jésus sait combien l'accroissement de foi qui va se produire chez eux autour de cette tombe leur sera bientôt nécessaire, quand ils se trouveront en face de celle de leur Maître. - Il y a quelque chose de brusque dans les derniers mots : Mais allons vers lui. Il s'agit de les entraîner et de surmonter chez eux le dernier reste de résistance. Ils cèdent, mais non sans que l'incrédulité cachée au fond du cœur de quelques-uns d'entre eux ne se fasse jour.
La parole de Thomas aux autres disciples trahit en effet plus d'amour pour la personne de Jésus que de loi en la sagesse de ses démarches. En voici le sens : « S'il veut absolument se faire tuer, allons périr avec lui ! » Le Thomas qui parle ainsi est bien celui que nous retrouverons dans 14.5 ; 20.25 : beaucoup de franchise et de résolution, mais peu de disposition à subordonner le visible à l'invisible. Cette conséquence, nullement calculée, dans le rôle des secondaires, est, comme l'a admirablement développé Luthardt, l'un des traits frappants du récit de Jean et l'une des meilleures preuves de la vérité historique de cet écrit. - Le nom de Thomas (de l'araméen תאמא, hébreu תאם) signifie jumeau.. Le nom de Didyme, qui a en grec le même sens était sans doute celui par lequel on désignait le plus ordinairement cet apôtre dans les églises de l'Asie Mineure au milieu desquelles écrivait Jean. C'est ainsi que s'explique la répétition de cette traduction 20.24 et 21.2. Hengstenberg, Luthardt, Keil voient dans ce nom de jumeau une allusion à ce que Thomas portait deux hommes en lui, un croyant et un incrédule, un Jacob et un Esaü ! C'était un homme δίψυχος (Keil) !
Quelle sagesse et quel amour dans la manière dont Jésus prépare ses disciples à ce voyage qui leur répugnait si fort ! Quelle élévation dans les pensées qu'il dépose dans leur cœur à cette occasion ! Quelle grâce et quel à propos dans les images par lesquelles il cherche à les leur rendre sensibles !
II. Le miracle : v. 17 à 44.
1. Jésus et Marthe : v. 17 à 27