Il y a beaucoup de douceur dans la manière dont s'exprime et argumente ici Jésus. Il en appelle avec calme de la passion à la saine raison. Il consent à ce qu'ils ne le croient point sur parole, quoique le témoignage d'un être tel que lui dût porter sa preuve en lui-même. Mais à son témoignage sont venues se joindre les œuvres que le Père a accomplies par lui. S'ils n'ont pas des oreilles, ils ont des yeux ; ce qu'ils ne concluent pas de ses paroles, ils devraient du moins le conclure de pareilles œuvres. Ces mots : « Si vous ne me croyez pas » signifient : Si vous n'accordez pas créance à mes affirmations personnelles. - La leçon de quelques alex. : ἵνα γνῶτε καὶ γινώσκητε, me paraît la meilleure : « Afin que vous appreniez à connaître (γνῶτε) et qu'enfin vous reconnaissiez (γινώσκητε). » Ces deux termes réunis expriment le long et pénible labeur de cette découverte, qui eût pu résulter d'un coup d'œil : « Viens et vois » (1.47). Le sens, en apparence pléonastique, de cette leçon n'ayant pas été compris par les copistes, ils ont donné au texte la forme plus vulgaire que nous trouvons dans la leçon reçue : afin que vous reconnaissiez et que vous croyiez. - Ces mots : le Père en moi et moi dans le Père, qui indiquent le contenu de la connaissance ainsi obtenue, rappellent la déclaration du v. 30 (nous sommes un), mais il ne résulte pas de là que comme le veut Weiss, cette connaissance en épuise le sens. Il ne faut pas oublier que les v. 30 et 36 sont l'expression immédiate du contenu de la conscience de Jésus lui-même, tandis que le v. 38 formule ce contenu dans la mesure ou il peut et doit devenir l'objet de l'aperception morale des croyants. En le contemplant d'un regard de foi, ils constateront de plus en plus clairement deux choses : la pleine communication que Dieu fait de sa richesse à cet être humain, son organe sur la terre (le Père en moi) ; et le dépouillement complet par lequel Jésus, renonçant à sa vie propre, puise tout uniquement dans la plénitude du Père et de ses dons (moi en lui). C'est là la forme sous laquelle la foi peut saisir ici-bas l'unité du Père et du Fils. Cette relation est la manifestation de leur unité essentielle, qu'avait affirmée Jésus comme contenu de sa propre conscience.