Le rôle de Philippe dans la vocation de Nathanaël est semblable à celui d'André dans la vocation de Pierre et à celui de Pierre et d'André dans la sienne propre. Un flambeau allumé sert à en allumer un autre ; ainsi se propage la foi. Luthardt fait finement ressortir la forme lourde et compliquée de la profession de Philippe, ces longs considérants, ce certificat messianique en toutes formes, qui contraste avec le tour vif et dégagé de la profession d'André au v. 42. Les mêmes traits de caractère se retrouvent chez les deux disciples 6.1-13 et peut-être aussi 12.21-22. - De ce que Philippe désigne Jésus comme le fils de Joseph et comme originaire de Nazareth, Strauss, de Wette et d'autres concluent que le quatrième évangéliste ou ignorait ou n'admettait pas l'origine miraculeuse de Jésus et sa naissance a Bethléem : comme si c'était l'évangéliste qui parlait ici et non pas Philippe ! Et ce disciple, après dix mots échangés avec Jésus, devrait déjà être au fait des circonstances le plus intimes de sa naissance et de son enfance ! Seraient-ce André et Pierre qui auraient dû les lui apprendre ? Mais d'où les auraient-ils connues eux-mêmes ? Ou Jésus ? Il faudrait donc supposer que ce serait la première chose qu'il se serait hâté de leur communiquer : qu'il n'était pas le fils de celui que l'on disait être son père, qu'il était né miraculeusement… ! Que la critique peut devenir niaise à force de vouloir être sagace ! - Le lieu où Nathanaël fut rencontré par Jésus et ses disciples retournant en Galilée, n'est pas indiqué. La supposition la plus probable est qu'ils se rencontrèrent dans le cours même du voyage. Philippe, qui était son compatriote, - Nathanaël était aussi de Cana (21.2), - devint le trait d'union entre Jésus et lui. On peut supposer que Nathanaël retournait chez lui d'auprès de Jean-Baptiste, ou bien que, comme tous ses compatriotes pieux, il venait se faire baptiser par lui. En tout cas, il venait de se reposer quelques moments à l'ombre d'un figuier, lorsqu'il rencontra Jésus et ses compagnons (comparez v. 48). C'est sans raison qu'Ewald a supposé que la rencontre eut lieu à Cana. - Le récit circonstancié de la vocation de Nathanaël fait supposer qu'il devint plus tard l'un des apôtres : car il en a été ainsi de tous les disciples mentionnés dans ce récit. C'est ce qui ressort d'ailleurs de 21.2, où les apôtres sont distingués des simples disciples et où Nathanaël est placé parmi les premiers. Comme ce nom ne figure pas dans les catalogues apostoliques (Matthieu 10.2 ; Marc 3.16 ; Luc 6.14 ; Actes 1.13), il est généralement admis que Nathanaël n'est autre que Barthélémy, dont le nom est joint à celui de Philippe dans presque toutes les listes. Barthélémy n'étant qu'un nom patronymique (fils de Tolmaï ou Ptolémée), il n'y a pas de difficulté à cette supposition. Quant à l'hypothèse de Spæth, que Nathanaël est un nom symbolique (ce mot signifie don de Dieu), inventé par l'auteur postérieur pour désigner l'apôtre Jean, c'est là une de ces fantaisies de la critique qui, si elle avait besoin d'être réfutée, le serait par sa contradiction insoluble avec 21.2.