De saintes impressions, de grandes pensées une indicible attente remplirent sans doute jusqu'au jour suivant le cœur de ceux qui avaient entendu les paroles du précurseur. Le lendemain, Jean se trouvait à son poste prêt à continuer son ministère de Baptiste. Rien n'autorise à supposer, avec de Wette, que les deux disciples qui se trouvaient avec lui n'avaient pas assisté à la scène du jour précédent. Bien loin de favoriser cette idée, la brièveté du témoignage actuel fait plutôt supposer que Jean se borne à rappeler celui de la veille à des personnes qui l'avaient entendu. - L'expression ἐκ τῶν μαθητῶν, d'entre ses disciples, donne à entendre qu'il y en avait un nombre assez considérable. De ces deux disciples l'un était André (v. 40) : il est difficile de penser que l'autre ne fût pas l'auteur du récit qui va suivre. Tous les détails subséquents n'ont une valeur particulière que pour celui auquel ils rappelaient l'heure la plus décisive et la plus heureuse de sa vie. L'anonyme gardé à l'égard de sa personne, tandis que les quatre autres qui jouent un rôle dans le récit suivant sont tous nommés, confirme cette conclusion (voir Introduction ⇒ et suivantes). - On peut remarquer une certaine différence, dans la relation de Jésus avec Jean, entre aujourd'hui et la veille. Hier Jésus venait à lui, comme à celui qui devait l'introduire auprès des futurs croyants. Aujourd'hui que le témoignage est officiellement rendu, il n'a plus qu'à recevoir en quelque sorte des mains de son précurseur les âmes que son Père a préparées par lui. Semblable à l'aimant que l'on promène dans le sable afin d'attirer les paillettes métalliques, il se rapproche simplement du groupe qui entoure le Baptiste, afin de décider à le suivre quelques-uns de ceux qui en font partie.
La conduite de Jésus est donc parfaitement intelligible. Il se règle sur la marche naturelle de l'œuvre divine. L'Eglise n'est pas arrachée, elle est cueillie sur l'arbre de la théocratie : cette aisance dans la marche est le sceau de Dieu.
Comme Jésus entre dans le plan de Dieu, Jean-Baptiste entre dans la pensée de Jésus. Un scrupule tendre et respectueux pouvait retenir les deux disciples auprès de leur ancien maître. Jean-Baptiste lui-même les affranchit de ce lien et commence à réaliser cette parole qui dès ce moment devient sa devise : « Il faut qu'il croisse et que je diminue. » - Le terme ἐμβλέψας indique un regard pénétrant, qui sonde jusqu'au fond son objet (voir v. 43). Le sens pratique de cette nouvelle déclaration de Jean était évidemment celui-ci : « Allez à lui. » Autrement, à quoi bon cette répétition qui n'ajoute rien au témoignage de la veille, qui l'abrège au contraire ? Seulement cette invitation est exprimée sous une forme indirecte, celle d'une affirmation sur la personne de Jésus, parce que, comme le dit Luthardt, rattachement à Jésus devait être de la part de ces jeunes gens un acte de liberté, fondé sur une impression personnelle, non une affaire d'obéissance envers leur ancien maître.