Nous traduisons d'après le T. R., qui est conforme à la majorité des Mjj., aux Mnn. et à la plupart des versions. D'après cette leçon, le participe ἀπεσταλμένοι, envoyés, est déterminé par l'article οἱ, les : c'est le sujet de la phrase. Le but de cette remarque ajoutée ici par Jean se comprend facilement : elle doit motiver la question qui va suivre. Jean aime à suppléer ainsi, à mesure qu'avance un récit, les circonstances, omises d'abord, qui servent peu à peu à l'éclairer ; comparez 1.41,45 ; 4.30 ; 9.14 ; 11.5,18 ; 13.23, etc. Les pharisiens étaient les ultra-conservateurs en Israël : nul n'avait dû être plus choqué de l'innovation que Jean-Baptiste se permettait en introduisant le baptême. Les lustrations faisaient sans doute partie du culte juif. L'on prétend même que les prosélytes païens étaient soumis à un bain complet, à l'occasion de leur passage au judaïsme. Mais l'application de ce symbole de souillure totale aux membres du peuple théocratique était une innovation si étrange qu'elle avait dû éveiller au plus haut degré la susceptibilité des autorités gardiennes des rites et très particulièrement celle du parti le plus attaché à la tradition. Aussi l'élément pharisien avait-il prévalu dans la députation que le sanhédrin avait choisie. On voit combien le plan de l'interrogatoire avait été habilement médité : d'abord la question relative à la mission ; puis celle qui concernait le rite ; car celle-ci dépendait de la première. Rien de plus simple que la marche du récit ainsi comprise. Cette manière d'expliquer l'intention de la remarque du v. 24 me paraît plus naturelle que celle de Weiss et Keil, d'après laquelle Jean voudrait caractériser par là l'esprit d'incrédulité qui animait les interrogateurs du Baptiste. Le fait de leur incrédulité, n'étant point relevé dans le récit, ne réclamait pas d'explication. - Cependant à la leçon du T. R. s'en oppose une autre, appuyée par les alex. et par Origène, adoptée par Tischendorf et Westcott-Hort, qui retranche l'article οἱ devant ἀπεσταλμένοι le sens est : « Et ils avaient été envoyés de la part des pharisiens, » ou bien, comme comprenait Origène : « Et il y avait des envoyés (venus) de la part des pharisiens, » comme s'il s'agissait d'une autre députation que celle du v. 19[1]. Ni l'un ni l'autre de ces sens ne sont possibles. Car les pharisiens ne formaient pas un corps officiellement constitué, d'où aurait pu partir une démarche semblable à celle dont il est ici parlé. La leçon alex. est donc insoutenable, comme le reconnaissent cette fois Weiss et Keil eux-mêmes. C'est probablement comme si souvent, une correction arbitraire d'Origène, au service de sa fausse interprétation de tout ce passage, dès la fin du prologue. Weiss et Keil y voient une simple négligence de copiste provenant du καί précédent dans lequel se serait perdu le οἱ. Mais que de fautes semblables n'aurions-nous pas dans ce cas dans le N. T. !
Notes
[1] C'est ce qu'admet Zahn (Einl. II, p. 5I5 et 563), qui adopte la leçon alexandrine et traduit : « Et des pharisiens avaient été envoyés » (ἐκ τῶν φαρσαίων [=φαρισαῖοί τινες] hébraïsme comme ἐκ τῶν μαθητῶν 16.17). Le οὖν du v. 25, qui en fait la continuation de l'entretien qui précède, s'oppose à cette interprétation (Holtzmann, Hand-Comm.). G. G.