Les députés ont maintenant épuisé les suppositions fournies par le programme messianique admis de leur temps. Il ne leur reste qu'à poser de nouveau à Jean la question qui le fera sortir de l'attitude négative dans laquelle il se renferme : « Qui es-tu ? » c'est-à-dire : « Quel personnage es-tu ? » Car sa conduite extraordinaire devait être motivée par une mission exceptionnelle. - Jean y répond par une parole d'Esaïe qui renferme à la fois l'explication demandée et la garantie de sa mission. Le sens du passage prophétique est celui-ci : Jéhova est sur le point de paraître pour manifester sa gloire. Au moment qui précède son apparition, sans qu'aucun personnage se montre sur la scène, on entend une voix qui invite Israël à dresser la route par laquelle son Seigneur doit arriver. Il ne s'agit nullement dans ce tableau du retour de la captivité, mais de l'apparition messianique de Jéhova. Comme en Orient, avant l'arrivée du souverain, on redressait et aplanissait les chemins, ainsi Israël doit préparer à son Roi divin un accueil digne de lui, et la fonction de la voix mystérieuse est de l'engager à opérer cette œuvre de préparation, de peur que la faveur insigne dont il va être l'objet n'aboutisse à un jugement. Jean s'applique d'autant plus volontiers cette parole d'Esaïe, qu'elle convient parfaitement à son désir d'effacer sa personne et de ne laisser paraître que son message : « une voix. » - Les mots au désert peuvent se rapporter, en hébreu comme en grec, soit au verbe crier, soit au verbe dresser. Pour le sens, cela revient au même, puisque l'ordre retentit là où il doit s'exécuter. Le rapport au verbe qui précède est plus naturel, surtout en grec. - Le désert désigne en Orient les terres non labourées, les vastes étendues de terrain qui servent de pâturages et que traversent des sentiers sinueux et non des routes dignes d'un souverain. Tel est l'emblème de l'état moral du peuple ; la voie royale par laquelle doit entrer Jéhova n'est point encore préparée dans les cœurs. Le sentiment de repentance nationale manque encore. Le séjour du précurseur au désert signalait clairement, par sa conformité littérale à l'emblème prophétique, l'accomplissement moral de la prophétie. - La formule de citation : « comme a dit…, » appartient-elle encore à la réponse du Baptiste ? Ou est-ce une remarque de l'évangéliste ? Ce qui fait pencher pour la première opinion, c'est que le précurseur avait plus besoin de se légitimer lui-même, que l'évangéliste de le légitimer si longtemps après. - Répondre comme le fait Jean, c'était énoncer son mandat, déclarer son mot d'ordre. C'était dire en effet à ces députés experts dans la science de la loi et des prophètes, que, si personnellement il n'était pas l'un des anciens personnages attendus, sa mission n'en était pas moins en relation directe avec la prochaine apparition du Messie. C'était là tout ce que le sanhédrin et le peuple avaient pratiquement besoin de savoir.
L'enquête avait porté d'abord sur le rôle de Jean-Baptiste. La députation la complète par un interrogatoire plus spécial sur le rite du baptême qu'il se permet d'introduire dans la théocratie sans l'autorisation du sanhédrin. L'évangéliste prépare cette nouvelle phase de l'entretien par une remarque relative au caractère religieux des membres de la députation.