Si on lit au v. 34 les mots τῆς ἁμαρτίας, du péché, il faut admettre entre les v. 34 et 35 une transformation dans l'idée d'esclavage. Au v. 34, le maître, c'est le péché ; dans les v. 35 et 36, c'est Dieu, le propriétaire de la maison. Cette modification dans la notion de l'esclavage moral s'explique sans doute par une intuition qui est également celle de plusieurs passages dans les épîtres de saint Paul : c'est que l'esclave du péché, lorsqu'il se trouve membre de la théocratie, de la maison de Dieu, est rendu par là esclave par rapport à Dieu lui-même. Dans cet état moral, en effet, sa position est servile ; il ne rend au maître de la maison qu'une obéissance forcée, parce que sa volonté est dominée par un autre maître, le péché. On ne peut nier cependant que la liaison ne soit beaucoup plus simple si l'on retranche au v. 34 les mots : du péché. « Celui qui fait le péché est non pas enfant, mais esclave (par rapport à Dieu) v. 34. Or dans un tel état moral, l'homme ne possède point un domicile permanent dans la maison de Dieu, v. 35. Séparé spirituellement du Père de la famille, il n'est point membre réel de celle-ci. » Le sens est ainsi parfaitement simple. - Οὐ μένει : « Il ne restera dans la maison qu-aussi longtemps que le maître voudra se servir de lui » (Luthardt) il peut à chaque instant être vendu. Quelle menace pour ceux à qui s'adressait Jésus ! - Opposé à ce terme d'esclave, le terme de fils doit désigner la qualité de fils, non la personne du Fils. Celui qui est vraiment fils par la communauté d'esprit avec le maître, ne peut être détaché du tout dont il est devenu un membre organique. Il ne peut pas plus être séparé du royaume de Dieu que l'enfant ne peut être vendu en esclavage. Mais dès le v. 36 le terme de fils s'applique évidemment à Jésus seul. C'est que dans cette maison la dignité filiale et l'individu Fils se confondent. Il n'y a là proprement qu'un fils, qui porte en lui la gens tout entière ; tous les autres ne deviennent fils que par l'acte de manumissio, de libération, de sa part (v. 32). - De même que le passage Galates 4.21-31 semble n'être qu'un développement de notre v. 35, ainsi la parole Romains 8.2 : « La loi de l'Esprit de vie qui est en Jésus-Christ m'a affranchi (ἐλευθέρωσέ) de la loi du péché et de la mort, » est le commentaire du v. 36. C'est au Fils, comme représentant et héritier de la fortune paternelle, qu'est remis par le Père le droit d'affranchir les esclaves. - Ὄντως ἐλεύθεροι : réellement, c'est-à-dire spirituellement libres en Dieu, et par conséquent vrais membres de sa maison et à toujours.
Jésus a écarté l'assertion orgueilleuse du v. 33 : Nous ne fûmes jamais esclaves. Il remonte maintenant à la prétention qui en était le point d'appui : Nous sommes la postérité d'Abraham, et il en fait également justice :
La filiation morale d'Israël : v. 37 à 47.