Le v. 9 signifie qu'il laissa partir ses frères, et le v. 10 fait entendre que, quand il monta plus tard lui-même, ce fut ou entièrement seul ou avec un ou deux de ses plus intimes seulement. C'est ainsi que s'expliquent le plus naturellement ces mots : Comme en cachette. Ὡς, qui est certainement authentique, adoucit l'expression ἐν κρυπτῷ : Jésus n'était pas réellement un homme qui se cache, lors même qu'il agissait momentanément comme tel. - Mais pourquoi monter, si cet acte pouvait amener trop tôt la fin de son activité ? La réponse est simple. Jésus ne pouvait se soustraire jusqu'au bout à l'obligation de rendre témoignage devant le peuple réuni à Jérusalem. Mais il évite de s'y rendre en compagnie des caravanes nombreuses qui s'acheminaient alors vers la capitale. Un nouveau mouvement d'exaltation pouvait se produire, semblable à celui du ch. 6, et sans qu'il lui fût possible de le comprimer. L'état des esprits, tel qu'il est décrit versets 11 à 13, prouve que le danger était très réel. Il ne pouvait être prévenu que par une manière d'agir telle que celle qu'il emploie ici. De plus, il prévenait par là les mesures hostiles qu'auraient pu prendre contre lui à l'avance les autorités. - Quelle triste gradation ou plutôt dégradation, depuis la première Pâque au ch. 2 ! Là, il était entré dans le temple en Roi-Messie ; au ch. 5, il était arrivé comme simple pèlerin ; ici, il ne peut plus même venir publiquement à Jérusalem en cette qualité : il est réduit à s'y rendre incognito.
Une hypothèse de Wieseler a fait fortune auprès de quelques interprètes. D'après ce savant, ce voyage serait identique avec celui dont parle Luc 9.51 et suiv. Ce rapprochement est insoutenable. Luc ch. 9 Jésus donne à son départ de Galilée le caractère de la plus grande publicité : il envoie deux à deux ses septante disciples dans toutes les villes et les bourgades où il doit passer (10.1) ; il fait de longs arrêts (13.22 ; 17.11) ; des multitudes l'accompagnent (14.25). Et ce serait là se rendre à Jérusalem comme en cachette. Il vaudrait mieux renoncer à toute harmonie entre Jean et les synoptiques que de l'obtenir en violentant ainsi les textes. L'exégèse constate simplement, comme nous l'avons dit plus haut, que le voyage dont Jean parle ici est omis par les synoptiques, aussi bien que ceux des chapitres 2 et 5. Et, comme l'observe Gess, l'omission des deux derniers voyages (ch. 5 et 7) est d'autant moins étonnante que Jésus paraît s'être rendu à Jérusalem, les deux fois, seul ou presque seul. Hengstenberg pense que ce voyage (réuni avec le voyage en Pérée 10.40) correspond au départ mentionné Matthieu 19.1 ; Marc 10.1. Mais l'exégèse du passage de Matthieu, par laquelle ce savant cherche à obtenir ce résultat, n'est pas naturelle. Voir au v. 1 et à 10.22 pour la relation entre les voyages de Jean et celui des synoptiques Luc 9.51 ; Matthieu 19.1 ; Marc 10.1.
Les versets suivants décrivent, d'une manière animée et dramatique, ce qui se passait à Jérusalem avant l'arrivée de Jésus, dès que l'on put constater son absence.