Ces paroles sont naturellement ironiques. Repoussé par les seuls Juifs vraiment dignes de ce nom, ceux qui habitent la Terre-Sainte et parlent la langue des pères, Jésus s'en irait-il essayer de son rôle de Christ auprès des Juifs dispersés dans le monde grec et, par l'intermédiaire de ceux-ci, exercer sa fonction de Messie chez les païens ? Un beau Messie, en vérité, que celui qui, rejeté des Juifs, deviendrait le docteur des Gentils ! - L'expression διασπορὰ τῶν Ἑλλὴνων, littéralement : dispersion des Grecs, désigne cette portion du peuple juif qui habitait hors de Palestine, dispersée en pays grec. - Τοὺς Ἕλληνας, les Grecs, se rapporte aux païens proprement dits. Les Juifs dispersés seraient pour ce Messie la transition des Juifs aux peuples païens ! - Cependant eux-mêmes n'envisagent pas sérieusement cette supposition comme fondée ; et ils répètent méchamment la parole de Jésus, comme n'y découvrant aucun sens. Meyer a prétendu que cette manière de faire serait impossible, si au v. 33 Jésus se fût réellement exprimé comme le fait parler l'évangéliste : « Je m'en vais à celui qui m'a envoyé. » Ces derniers mots eussent tout expliqué. Ils auraient compris qu'il s'agissait d'un retour à Dieu. Selon Reuss aussi, le v. 35 renferme une méprise trop flagrante pour être concevable. Mais ou bien ces mots : A celui qui m'a envoyé, n'avaient laissé dans leur esprit qu'une idée vague, ou plus probablement, envisageant Jésus comme un imposteur, ils n'y voient qu'une vaine jactance destinée à couvrir un projet d'exil, de même que 8.22, un projet de suicide. Nous ne pouvons pas nous faire une idée suffisamment juste du matérialisme grossier des contemporains de Jésus, pour délimiter la possibilité de leurs méprises Après des années passées avec Jésus, les apôtres interprétaient encore une invitation à se garder du levain des pharisiens comme un reproche de ce qu'ils avaient négligé de se pourvoir de pain - ce sont eux-mêmes qui racontent ce malentendu dans les synoptiques ; - comment donc les Juifs, à qui l'idée du départ du Messie était aussi étrangère que nous le serait, à cette heure, celle de son règne visible (comparez 12.34), auraient-ils immédiatement compris que, dans la parole précédente, Jésus leur parlait de rentrer dans la parfaite communion de son Père ?
L'évangéliste prend une sorte de plaisir à reproduire in extenso cette supposition moqueuse. Pourquoi ? Parce que, comme la parole de Caïphe au ch. 12, elle faisait, à cette heure-là, et dans les lieux où Jean écrivait et où on la lisait, l'effet d'une prophétie involontaire. En effet, Jésus n'était-il pas réellement devenu le Messie des Grecs ? Jean ne rédigeait-il pas cet évangile dans la contrée et dans la langue même des Gentils, en même temps que la prophétie de Jésus renfermée dans les versets précédents, et tournée en ridicule par les Juifs, s'accomplissait à leur égard d'une manière éclatante et terrible aux yeux du monde entier ?
III. Dans et après le grand jour de la fête : 7.37 à 8.59
Le dernier et grand jour de la tête est arrivé ; Jésus renonce à la forme apologétique qu'il a donnée jusqu'ici à ses enseignements. Sa parole prend une solennité proportionnée à celle de ce saint jour ; il s'affirme lui-même comme la réalité de tous les grands symboles historiques que rappelle la fête. De telles déclarations ne font qu'exaspérer l'incrédulité d'une partie de ceux qui l'entourent, tandis qu'elles resserrent le lien déjà formé entre les croyants et lui.
Quatre morceaux :
- La vraie source : 7.37-52 ;
- La vraie lumière : 8.12-20 ;
- Le vrai Messie : 8.21-29 ;
- La nature incurable de l'incrédulité juive : 8.30-59.
Le passage 7.53 à 8.11, qui contient le récit de la femme adultère, ne nous paraît point appartenir au texte authentique de l'évangile.
1. La vraie source : versets 37 à 52
Jean rapporte le discours de Jésus et en donne l'explication (v. 37-39) ; il décrit les impressions diverses de la multitude (v. 40-44) ; il raconte la séance du sanhédrin, après le retour des huissiers (v. 45-52).
Versets 37 à 39 : Le discours de Jésus.