Le messager qui ne cherche que la gloire du maître qui l'envoie, et ne trahit aucun intérêt personnel dans ses communications, donne, en cela même, la preuve de la fidélité avec laquelle il rend son message ; aussi certainement il ne dit rien en vue de lui-même, aussi certainement il ne dit rien non plus de son propre chef. L'application à faire à Jésus de cette vérité évidente et générale est laissée à l'esprit des auditeurs. - L'enseignement de Jésus présente un caractère particulièrement propre à frapper l'homme avide de sainteté : c'est qu'il tend tout entier à glorifier Dieu, et Dieu seul. Du but on peut conclure à l'origine ; puisque tout dans l'Evangile est en vue de Dieu, tout aussi doit y provenir de Dieu. C'est là l'une des expériences au moyen desquelles se forme le syllogisme moral par lequel l'âme avide du bien discerne Dieu comme l'auteur de l'enseignement du Christ. Il y a en même temps dans cette parole une réponse à l'accusation de ceux qui disaient : Il égare le peuple. Celui qui abuse les autres, agit certainement ainsi pour lui-même, non en vue de Dieu. Pour bien comprendre ce raisonnement, il suffit de l'appliquer à la Bible en général : Celui qui est glorifié dans ce livre, de la première page à la dernière, à l'exclusion de tout homme, c'est Dieu ; l'homme y est constamment jugé et humilié. Donc ce livre est de Dieu. Cet argument est celui qui atteint le plus directement la conscience.
Les derniers mots du v. 18 : Et il n'y a pas d'injustice en lui, renferment la transition de l'enseignement de Jésus (son λαλεῖν, v. 17 et 18) à sa conduite (son ποιεῖν, v. 19-23), mais cela non pas d'une manière générale et banale. Si Jésus vient à parler ici de sa conduite morale, c'est qu'on croyait y découvrir certain sujet de reproche que l'on alléguait contre la divinité de son enseignement et de sa mission, et dont il avait à cœur, par cette raison, de se justifier.
Sans les versets suivants, nous pourrions penser que ces derniers mots : Et il n'y a pas d'injustice en lui, ne s'appliquent qu'à l'accusation énoncée au v. 12 : c'est un imposteur. Mais l'argumentation renfermée dans les v. 19-23 montre bien, malgré les dénégations de Meyer, Weiss, Keil, que Jésus pense déjà spécialement à l'accusation qui pesait encore sur lui, comme violateur du sabbat, depuis son précédent séjour à Jérusalem (ch. 5). C'était là le grief par lequel on justifiait auprès de la multitude ce jugement sommaire : Il trompe le peuple. Le terme ἀδικία, injustice, ne signifie donc point ici, comme le pensent plusieurs : mensonge ; mais, comme d'ordinaire : injustice, désordre moral. Jésus passe à l'inculpation dont il avait été l'objet au ch. 5, parce qu'il tient à enlever de ce chef tout prétexte à l'incrédulité.
2o Versets 19 à 24 : Sa conduite morale.