A l'exclamation : Cette parole est dure, Jésus avait répondu « Elle n'est dure que parce que vous la comprenez mal » Et maintenant il dévoile la cause de cette inintelligence. Même parmi eux, ses disciples, croyants en apparence, il y en a un bon nombre qui ne sont pas de vrais croyants. L'expression τινές ne limite pas autant le nombre de ces faux croyants que le mot français quelques-uns ; comparez Romains 3.3 ; 11.17 et Hébreux 3.16, où ce pronom s'applique à toute la masse de la nation juive désobéissante et incrédule. Le mot τινές désigne une partie quelconque, grande ou petite, du tout. L'évangéliste, dans la seconde partie du verset, motive par un fait la déclaration énoncée dans la première ; ce fait, c'est que Jésus les connaît jusqu'au fond et cela dès le commencement. Le ἐξ ἀρχῆς, dès le commencement, s'applique sans doute, comme le pensent Lücke, Meyer, Westcott, aux premiers temps du ministère de Jésus, lorsqu'il se mit à grouper autour de lui un cercle de disciples permanents (15.27 ; 16.4 ; Actes 1.21-22), ou, ce qui revient à peu près au même, au commencement de la relation de Jésus avec chacun d'eux (Tholuck, Keil, Wahle) ; il discernait aussitôt la nature des aspirations qui les amenaient à lui (2.24-25). Lange, Bonnet, Weiss pensent que ce terme de commencement désigne la première apparition de l'incrédulité elle-même. Chrysostome, Bengel l'appliquent au moment où les auditeurs avaient commencé à murmurer en ce jour même. Les dernières explications sont bien peu naturelles. - Καί, et : et même, ou : et en particulier. - L'expression « quel était celui qui le trahirait » est écrite, non au point de vue d'une prédestination fataliste, mais simplement à celui du fait accompli (v. 71). Il ressort sans doute de cette parole de Jean que Jésus ne choisit pas Judas sans comprendre que, s'il devait y avoir un traître parmi les siens, ce serait celui-là ; mais non qu'il l'ait choisi afin qu'il le trahit. Il pouvait espérer de remporter la victoire sur les aspirations égoïstes et terrestres qui amenaient cet homme à lui comme tant d'autres. La place privilégiée qu'il lui accordait pouvait être un moyen de le gagner, comme aussi elle pouvait tourner à une chute plus profonde, s'il foulait aux pieds cette grâce. Comme le dit Keil, « Dieu met constamment les hommes dans des positions où leur péché, s'il n'est pas surmonté, doit nécessairement arriver à maturité. Et Dieu l'emploie alors au service de l'accomplissement de son plan. » Bien plus, n'irons-nous pas jusqu'à dire que la chute même à laquelle cette relation devait aboutir, pouvait devenir le moyen terrible de briser enfin l'orgueil de cette nature titanique ? Le moment où Judas, recevant le morceau fatal de la main de Jésus, dut sentir toute la grandeur de son crime, eût pu devenir pour lui le moment du repentir et du salut. « Si, dit Riggenbach (Leben des Herrn Jesu, p. 366), dans cette nuit de prière où se prépara l'élection des Douze (Luc 6.12), les pensées du Seigneur Jésus se trouvaient constamment ramenées sur cet homme, et que, tout en discernant fort bien son manque de droiture, il dût reconnaître en cela le signal du Père, qu'aurons-nous à dire ? » - Littéralement le narrateur dit : « Car il savait… quels sont ceux qui ne croient pas, et quel est celui qui le trahira ; » tant il se reporte avec vivacité au moment où tout cela s'est passé.
Le καὶ ἔλεγε, et il disait, fait supposer ici un moment de silence, rempli par la douloureuse réflexion que l'évangéliste communique ensuite. Le διὰ τοῦτο, c'est pour cela, porte sur l'expression : quelques-uns qui ne croient pas : « C'est précisément à cela que j'ai voulu vous rendre attentifs quand je vous ai dit… » On peut se déclarer et se croire son disciple sans croire véritablement, parce que l'on se joint à lui sous l'empire de mobiles qui ne procèdent pas de l'enseignement du Père (v. 45). Sans cette préparation divine et intime, même dans la position la plus favorisée la foi reste impossible. La citation n'est pas littérale, pas plus que dans les autres cas où Jésus se cite lui-même (6.36). Au verset 37, c'était le fidèle qui, venant, était donné à Jésus ; ici, il lui est donné de venir. Westcott observe avec raison que les deux éléments divin et humain ressortent ici, le premier dans le mot est donné, le second dans le mot venir. - Cette parole de Jésus était un adieu ; ceux à qui elle s'adressait le comprirent. A la suite même du jour où l'enthousiasme populaire avait atteint son point culminant, l'œuvre galiléenne de Jésus parut comme anéantie ; elle présenta l'aspect d'une riche moisson sur laquelle s'est abattue une colonne de grêle.