Les mots en vérité sont prononcés avec le sentiment de l'autorité que Jésus puise dans la position unique qu'il occupe d'après le v. 46, et en opposition des Juifs (v. 41-42) : « Il en est ainsi quoi que vous en disiez. » Le ton de Jésus s'élève par degrés et prend toujours plus d'énergie et de solennité. Les mots εἰς ἐμέ, omis par quatre alexandrins, conviennent parfaitement au contexte, dans lequel l'idée principale est la personne de Jésus.
Verset 48. Les affirmations se suivent par voie d'asyndeton comme des oracles. Celle du v. 48 justifie celle du v. 47. Par celle du v. 49 il renvoie à ses auditeurs leur propre parole du v. 31. La manne que leurs pères ont mangée était si peu le pain de vie qu'elle ne les a pas empêchés de mourir. Ce mot désigne sans doute la mort physique, mais comme étant l'effet d'une condamnation divine. - Verset 50 : « Voici le pain qui opère véritablement l'effet que vous ambitionnez. » Le ἵνα, afin que, pourrait dépendre de ὁ καταβαίνων, qui descend ; mais il vaut mieux le faire dépendre de l'idée principale : « C'est ici… afin que quelqu'un en mange et ne meure pas, » pour : « afin que, si quelqu'un…, il ne meure pas. » C'est toujours la construction hébraïque paratactique. Accomplir le premier de ces actes, c'est ipso facto réaliser le second. Plusieurs interprètes prennent, au v. 50, le mot mourir dans le sens moral de perdition. Mais l'antithèse précédente, la mort des Juifs au désert, ne permet pas cette explication. Jésus nie ici et ailleurs la mort physique elle-même pour le croyant (comparez 8.51), ce qu'il ne fait naturellement pas dans le sens absolu où cela deviendrait une absurdité (voir Keil. qui m'objecte l'idée de la résurrection, v. 40), mais dans ce sens que le croyant reçoit de lui une vie qui, sans exclure la mort physique, la transforme et en triomphe. Moralement et physiquement, Jésus reste sa vie même en ce moment-là, et, par sa communion personnelle avec lui, ôte la mort de la mort.
L'affirmation du v. 51a est le résumé de tout ce qui précède, dans le but de passer à une idée nouvelle (51b). L'épithète ὁ ζῶν, « le pain vivant. » dit plus clairement encore que le mot pain de vie (v. 48) que Jésus n'est pas seulement le pain qui donne la vie, qu'il est lui-même la vie divine réalisée dans une personne humaine : et c'est pour cela qu'il donne la vie à celui qui le reçoit au-dedans de lui.
Verset 51b. Cette seconde partie du verset est liée à la première par les deux particules καί et δέ qui annoncent une idée à la fois coordonnée (καί, et) et progressive (δέ, or) par rapport à tout ce qui précède : « Et de plus ; » ou : « Et pour tout vous dire enfin. » Jésus est maintenant décidé à leur faire entendre le paradoxe jusqu'au bout ; car c'est bien ici que, comme le dit Weiss, commence la parole dure (v. 60). D'abord Jésus avait parlé en général d'un aliment supérieur dont le pain miraculeux de la veille était l'image et le gage. Puis il avait déclaré que ce pain, c'était lui-même, sa personne tout entière. Et maintenant il fait entendre qu'il ne pourra devenir le pain de vie pour le monde qu'à la condition de mourir, de se donner à lui comme immolé. C'est là la raison pour laquelle, au lieu de dire : moi, il emploie dès maintenant l'expression : ma chair. Comment sa chair peut-elle être un aliment pour le monde ? Jésus le fait entendre par cette détermination toute nouvelle : ἥν ἐγὼ δώσω, « (ma chair) que je donnerai. » Ces mots sont retranchés, il est vrai, chez les alex., mais sans doute par un effet de la tautologie apparente qu'ils présentent avec les mots précédents : ὃν ἐγὼ δώσω, « (le pain) que je donnerai. » Ils doivent être maintenus dans le texte, comme l'a reconnu Meyer malgré sa prévention ordinaire en faveur des leçons alex., et quoi qu'en disent Weiss, Keil, Wahle, Westcott, etc. Le régime : pour la vie du monde, ne peut se rattacher directement au mot ma chair ; que signifierait cette expression : « ma chair pour la vie du monde ? » Il faudrait un participe tel que donnée ou rompue. On cite 1 Corinthiens 11.24 : « Ceci est mon corps [rompu] pour vous. » Mais là au moins il y a l'article τό, répété après le substantif, et qui sert de point d'appui au régime. Weiss sent si bien la différence, qu'il propose de faire dépendre le régime : pour la vie du monde, non du mot ma chair, mais du verbe ἐστίν, est, et de faire de ma chair l'apposition de le pain : « Le pain que je donnerai, c'est-pour la vie du monde. » Mais, si même l'on pouvait admettre une telle apposition et un emploi si dur, du verbe ἐστίν (le passage 11.4 est trop différent pour rien prouver), le futur ώσω, je donnerai, n'exigerait-il pas que le verbe être fût mis aussi au futur : « Le pain que je donnerai ma chair sera pour la vie du monde ? » Sa chair ne pourra servir à la vie du monde qu'après qu'il l'aura donnée. La leçon du Sinaït. est un essai malheureux de restaurer le texte après que l'omission des mots ἣν ἐγὼ δώσω l'avait rendu intolérable. - Le premier que je donnerai, appliqué au pain, doit se paraphraser ainsi : « que je donnerai à manger ; » il résume l'entretien précédent. Le second, appliqué à ma chair, signifie : « que je donnerai pour être immolée ; » il forme la transition au morceau suivant (ma chair et mon sang). C'est en vue de ce double rapport et de ce double sens que les mots : que je donnerai, ont dû être répétés. En effet la chair de Jésus ne pourra être mangée comme aliment par chaque croyant, qu'après qu'elle aura été offerte pour le monde en tant que victime. Cette expression : ma chair, surtout en relation, comme elle l'est ici, avec le futur je donnerai, qui indique un fait à venir, ne peut se rapporter qu'à l'immolation de la croix. Les interprètes qui, comme Clément et Origène, de Wette, Reuss, Keil, etc., appliquent le terme donner à la consécration volontaire que Jésus fait de sa personne à l'humanité durant sa vie terrestre, ne tiennent compte ni du καὶ, et de plus, qui annonce une idée différente de ce qui précède, ni du futur je donnerai, qui ne permet de penser qu'à un don à venir.
Dans ce verset se trahit de plus en plus distinctement la préoccupation du repas pascal qui remplissait certainement l'âme de Jésus dès le commencement de scène, l'une des plus grandes de sa vie. L'expression « la vie du monde » montre que la nouvelle Pâque, à laquelle pense Jésus, aura une toute autre extension que l'ancienne : c'est l'humanité entière qui y sera invitée, dès que la victime aura été offerte et que le repas du sacrifice pourra être célébré.
3. Versets 52 à 59.