Jusqu'ici, la pensée des auditeurs semblait marcher d'accord avec celle de Jésus, mais c'était grâce à une équivoque : Jésus annonçait un pain d'une nature supérieure, et les Juifs agréaient volontiers cette offre, mais à la condition que cet aliment fût non seulement d'origine miraculeuse, mais aussi de substance matérielle comme la manne, une ambroisie tombant d'en-haut. Jésus donne maintenant une explication qui met au jour l'opposition entre sa pensée et la leur. La formule amen, amen fait pressentir ce contraste entre les deux points de vue. - Il faut préférer le parfait δέδωκεν à l'aoriste, qui paraît avoir été importé du v. 31. Le sens du parfait est celui-ci : « Le don du pain céleste n'est pas une chose que Moïse ait accomplie pour vos pères et pour vous-mêmes. » - L'opposition dominante n'est pas celle des deux objets (Keil), mais celle des deux sujets. S'ils sont en possession du vrai pain du ciel, ce n'est pas par le fait de Moïse, c'est par le don du Père qui le leur envoie en ce moment même. C'est ce qu'indique le présent δίδωσι, donne, qui fait déjà pressentir ce que Jésus va dire, à savoir que c'est en sa personne que Dieu leur fait ce don. - Le mot τὸν ἀληθινόν, le véritable, est ajouté à la fin de la phrase pour opposer énergiquement l'essence spirituelle, divine, de ce pain à un don tel que celui de la manne, qui, quoique miraculeux d'origine, serait matériel de nature. - Le régime du ciel appartient ici et dans le verset suivant, non au verbe a donné (contre Meyer), mais, comme Psaume 78.24, au substantif pain. La position de ce régime en grec l'indique, et c'est sur la notion de pain du ciel que roule la discussion.
Le v. 33 applique, mais pour le moment encore à mots couverts, l'idée de vrai pain du ciel à Jésus. La difficulté de ce verset est que les mots : descendant du ciel, qui sont la paraphrase du terme de pain du ciel, devraient logiquement être joints au sujet qui va être défini, et non à l'attribut qui renferme la définition. Il semble qu'il devrait y avoir : « Car le vrai pain du ciel est celui qui descend de Dieu, de Dieu lui-même… » J'avais précédemment cherché à résoudre cette difficulté en appliquant le participe ὁ καταβαίνων, le descendant, non au pain, mais à Jésus lui-même : « celui qui descend. » Meyer et Weiss objectent qu'il faudrait dans ce cas ὁ καταβάς, celui qui est descendu. Le v. 50 répond à cette objection. Cependant je reconnais que l'ellipse de ὁ ἄρτος (le pain) est plus naturelle, lors même que l'idée de descendre s'applique plus aisément à une personne qu'à une chose (comparez v. 38). Weiss lui-même recourt à une explication bien recherchée : c'est de faire de ὅ ἄρτος τοῦ θεοῦ, le pain de Dieu, l'attribut des deux participes suivants : « Le pain qui descend du ciel et qui donne la vie au monde c'est lui qui est le vrai pain de Dieu. » Ce qui paraît plus simple c'est d'entendre avec Keil : « Car le pain que donne Dieu lui-même (v. 32) est le seul qui descende vraiment du ciel et qui puisse donner la vie… » Jésus oppose ainsi le vrai ciel, c'est-à-dire la vie glorieuse de Dieu, au ciel local d'où descendait la manne dans l'opinion de ses auditeurs. - L'expression τῷ κόσμῳ, au monde, est opposée au particularisme théocratique qui se glorifiait tout spécialement du grand miracle national, celui de la manne. La grandeur du don céleste, tel que Jésus le présente ici, ne permet plus une destination nationale et particulariste. A mesure que Jésus voit le peuple refuser de le suivre dans la sphère spirituelle où il veut l'élever, il est amené à tourner ses regards vers l'humanité pour laquelle il est venu. - La quatrième partie de l'entretien (v. 34 à 40) révèle complètement la rupture qui vient de se produire entre la pensée du peuple et celle de Jésus.
4o v. 34 à 40. Les deux classes d'auditeurs, les non croyants et les croyants.