Nous avons vu que le mobile de la conduite de la foule était la recherche de Jésus ; c'est ce que rappellent les premiers mots : Et l'ayant trouvé. La question : Quand (non : comment) es-tu venu ? provient de ce qu'ils estiment impossible que Jésus ait fait à pied le chemin qui sépare Bethsaïda Julias de Capernaüm (2 à 3 lieues). La présence de Jésus leur fait l'effet d'une apparition. - Celui-ci répond, comme chaque fois qu'on l'interroge par curiosité, non à la question de l'interlocuteur, mais au sentiment qui la dicte ; comparez 2.4 ; 3.3, etc. Il dévoile à ces Juifs ce qu'il y a de faux et de charnel dans la manière dont ils le recherchent. Comme c'est là une révélation de leurs sentiments intimes, dont eux-mêmes ne se rendent pas compte, il emploie l'affirmation énergique : amen, amen. - A la fausse et vaine recherche de sa personne, qui n'a en vue que la satisfaction de l'homme terrestre (v. 26), Jésus oppose la recherche salutaire qui tend au rassasiement de l'homme spirituel (v. 27). Ses miracles sont les signes visibles des biens du salut qu'il apporte à l'humanité. Il ne faudrait donc pas en rester au soulagement matériel qu'ils procurent ; il faudrait s'élever par leur moyen au désir des dons supérieurs dont ils sont le gage et l'image ; il faudrait, avant tout et surtout, croire en celui que Dieu signale au monde en lui donnant de faire de pareilles œuvres. On voit combien il faut se garder de traduire ici le mot σημεῖα, signes, par miracles (Ostervald, Arnaud, Rilliet). C'est précisément sur le sens des signes que repose toute la force de cette parole. Les troupes ont interprété la multiplication des pains comme le commencement d'une série de prodiges de même nature, l'inauguration d'une ère de miracles de plus en plus éclatants et satisfaisants pour la chair. « Au lieu de voir, comme dit Lange dans le pain le signe, ils n'ont vu dans le signe que le pain. » C'est cette inintelligence grossière qui donne chez eux à la recherche de Jésus un caractère faux, terrestre, sensuel, animal. Voilà la tendance que Jésus leur signale dès le premier mot de l'entretien, particulièrement par cette expression qui trahit une sorte de dégoût : et parce que vous avez été rassasiés. Quelle différence entre ce peuple qui arrive avec ses grossières aspirations charnelles, ses terrestres appétits, et l'Israël spirituel que l'A. T. était destiné à préparer, celui qui s'écrie : « Mon âme a soif de toi, ô Dieu vivant ! » Cet Israël-ci dirait à celui qui a multiplié les pains : « Donne-nous mieux encore ! Fais aujourd'hui pour nos cœurs ce que tu as fait hier en faveur de nos corps ! » - Le pluriel des signes se rapporte, non pas aux deux miracles racontés dans la première partie du chapitre, mais plutôt aux miracles en général, qui n'avaient pas été mieux compris par les foules que celui de la multiplication des pains. Nous avons rendu l'article τῶν, les, devant ἄρτων, par le pronom démonstratif : « ces pains, » parce que ce mot les renferme une allusion évidente aux pains de la veille.