D'un côté, un Messie qui n'a nul souci de la bonne opinion des hommes et des hommages de la multitude, et de l'autre, des hommes qui mettent leur souverain bien dans la considération publique, dans une réputation intacte d'orthodoxie, dans un haut renom d'érudition scripturaire et de fidélité aux observances (comparez la description des pharisiens, Matthieu 6.1-18 ; 23.1-12) : comment cette opposition de tendances ne mettrait-elle pas obstacle à la naissance de la foi chez ces derniers ? Weiss pense que, si c'était là le sens du v. 41, il eût fallu un ἐγώ, moi, en opposition à vous (v. 42). Ainsi que Westcott, il comprend dans ce sens : Ne croyez pas que je parle ainsi « pour me glorifier à vos yeux » (Weiss) ; ou : « par suite du dépit que me causent mes espérances trompées » (Westcott). Mais le ἐγώ ne serait nécessaire que si le cas de Jésus était placé le second. Si Jésus avait voulu répondre à une semblable supposition de la part de ses adversaires, il eût dit sans doute : μὴ δοκεῖτε, « ne pensez pas que, je recherche… » Le parfait ἔγνωκα signifie « Je vous ai étudiés, et je vous connais… » Jésus avait discerné le fond de vanité que recouvraient ces beaux dehors tant admirés chez les chefs. - L'amour de Dieu désigne cette aspiration intime à Dieu qui peut se trouver chez le Juif et même chez le païen sincère. Romains 2.7 : « Ceux qui cherchent l'honneur, la gloire, l'immortalité » (comparez v. 44). C'est cette divine aspiration qui conduit à la foi, comme son absence à l'incrédulité. Jésus précise ici la pensée exprimée d'une manière indéterminée 3.19,21. - En vous-mêmes : pas seulement sur les lèvres, mais dans le cœur.
Verset 43 : Le résultat de ce contraste entre sa tendance morale et la leur. Tandis qu'ils le rejettent, lui, le Messie, dont toute l'apparition porte le sceau de la dépendance de Dieu, ils recevront avec empressement tout faux Messie qui agira par sa propre sagesse et sa propre force, glorifiant l'homme en sa personne. Tout glorieux de ce monde sera le bienvenu auprès de ces amateurs de la gloire humaine. - Au nom de Dieu : venant en son autorité et comme son délégué. En son propre nom : ne représentant que lui-même, son génie et sa puissance. Le ἔλθῃ, vient, dans son rapport à ἐλήλυθα, je suis venu, ne peut désigner qu'une apparition pseudo-messianique. D'après les synoptiques aussi, Jésus attendait des pseudo-Christs (Matthieu 24.5,24 et parall.). L'histoire a confirmé cette prophétie ; elle parle de soixante-quatre faux Messies qui sont tous parvenus à se former un parti dans le peuple juif sur cette voie-là. Voir Schudt, Jüdische Merkwürdigkeiten (cité par Meyer). - Vous le recevrez ; comparez 2 Thessaloniciens 2.10-11. L'application que l'on a voulu faire de cette expression : un autre, au faux Messie Barcochébas (vers 132), pour démontrer la composition de notre évangile au second siècle (Hilgenfeld, Thoma), est une supposition absolument gratuite, que rien dans le texte n'autorise.
Cette tendance vicieuse que Jésus reproche à ses auditeurs, va même jusqu'à détruire chez eux la faculté, la possibilité de croire : v. 44. - Le pronom ὑμεῖς, vous, signifie : des hommes tels que vous êtes (v. 42-43). - Dans les derniers mots, l'adjectif μόνου, seul, peut être rapporté à l'idée de θεοῦ : Dieu qui est le seul Dieu. Jésus caractériserait Dieu comme ayant, en tant que seul Dieu, le droit de dispenser la vraie louange. C'est le sens ordinairement donné à cette expression. Je crois plus conforme à l'esprit du contexte d'entendre avec Grotius et de Wette : la gloire que l'on reçoit de Dieu seul - Le contenu de ces versets peut s'énoncer ainsi : Plus un homme se soucie de la gloire humaine, moins bien il est disposé pour la foi. Mais si les chefs et le peuple sont nécessairement détournés d'elle par le courant de la gloire pharisaïque, non moins certainement l'esprit d'amour pour Dieu, qui inspire les livres de Moïse, les rendrait capables de croire, s'ils en étaient pénétrés, et les conduirait à Jésus.