Le v. 30 se rattacherait-il à ce qui précède immédiatement par la notion du jugement qui est commune à ce verset et au v. 29 ? Mais le temps présent : je juge (v. 30), ne convient point à l'idée du jugement futur (v. 29) ; et la première proposition : Je ne puis rien faire de moi-même, imprime dès l'abord à la pensée du v. 30 une portée beaucoup plus générale. Nous sommes évidemment ramenés à l'idée du v. 19, qui a servi de point de départ au développement précédent : l'infaillibilité de l'œuvre du Fils trouvant sa garantie dans sa dépendance complète à l'égard de celle du Père. Comme le dit bien Reuss : « Le dernier verset reproduit la substance du premier ; et le discours s'arrondit ainsi, même extérieurement. » Après s'être attribué les opérations les plus prodigieuses, il semble que Jésus éprouve le besoin de se replonger vis-à-vis du Père dans une sorte de néant. Lui qui accomplit successivement les œuvres les plus grandes, il est impuissant à accomplir par lui-même l'acte le plus modeste. - Le pronom ἐγώ, moi, applique positivement à cette personnalité visible qu'ils ont devant eux les choses inouïes qu'il vient d'affirmer, d'une manière plus abstraite, touchant le Fils. C'est la première différence entre le v. 30 et le v. 19 ; voici la seconde : Pour décrire la subordination totale de son œuvre à celle du Père, Jésus s'était servi (v. 19) d'images empruntées au sens de la vue : le Père montre, le Fils contemple. Ici, il emprunte ses images au sens de l'ouïe : le Fils entend, évidemment de la bouche du Père, les sentences qu'il doit prononcer, et ce n'est qu'ainsi qu'il juge. De plus, des deux œuvres divines qu'il accomplit, ressusciter et juger, c'était surtout la première que Jésus avait en vue au v. 19, en relation avec le miracle accompli sur l'impotent : il fait ici ressortir la seconde, en rapport avec l'acte suprême indiqué au v. 29. Les sentences dont il parle sont les actes d'absolution ou de condamnation qu'il accomplit ici-bas, en disant à l'un : « Tes péchés te sont pardonnés. » à l'autre : « Tes œuvres sont mauvaises. » Avant de se prononcer ainsi, Jésus se recueille ; il écoute la voix du Père, et il n'ouvre la bouche qu'après l'avoir entendue. C'est sur cette docilité parfaite qu'il fait reposer l'infaillibilité de ses sentences, et non sur une toute-science incompatible avec son humanité : « Et, c'est-à-dire : et ainsi, mon jugement est juste. » - Mais il y a une condition pour écouter et pour entendre de la sorte : c'est de n'avoir aucune volonté propre ; de là le ὅτι, parce que, qui suit. Sans doute, Jésus a, lui aussi, une volonté naturelle distincte de celle de Dieu : sa prière à Gethsémané le prouve bien : « Que ta volonté se fasse, et non la mienne. » Mais, dans un être complètement consacré à Dieu, comme Jésus, cette volonté de nature (ma volonté) n'est là que pour être incessamment soumise ou sacrifiée à celle du Père : « Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. » Au point de vue ontologique, les monothélètes méritaient donc bien d'être condamnés ; car en refusant à Jésus une volonté distincte de celle de Dieu, ils supprimaient chez lui la nature humaine. Et pourtant, moralement parlant, ils avaient raison. Car toute volonté propre était en Jésus une volonté continuellement et librement sacrifiée. C'est sur cette soumission incessante que repose la sainteté absolue de sa vie ; et c'est de cette sainteté que résulte l'infaillibilité de son jugement et de ses paroles. Il le déclare ici lui-même. - Le τοῦ πέμψαντός με, de celui qui m'a envoyé, n'est pas une simple paraphrase du nom de Dieu. Il est argumentatif : l'envoyé fait l'œuvre de l'envoyant.
Quelle existence que celle dont ce passage, v. 19-30, nous trace le type ! Une telle relation avec Dieu doit avoir été vécue pour être ainsi décrite : n'agir qu'après avoir vu, ne parler qu'après avoir entendu, quel tableau de la conscience filiale, de l'enseignement filial, de l'activité filiale Et tout cela se rattachant à cette simple guérison accomplie sous l'initiative du Père ! Ne voit-on pas clairement que l'idée essentielle du v. 17 est celle de la relation de dépendance de l'œuvre du Fils envers celle du Père, et nullement celle du sabbat, dont il n'est plus fait la moindre mention dans tout ce développement ? En même temps, ce passage nous donne pour ainsi dire accès jusque dans le laboratoire intime de la pensée du Seigneur, nous permet d'étudier le mode d'engendrement de sa parole. Le miracle accompli et les accusations qu'il soulève éveillent sa réflexion. Il se recueille, et la relation profonde de son travail avec celui de son Père se formule dans sa conscience sous la forme de cette thèse simple, sommaire, semblable à un oracle, du v. 17. C'est là le thème qu'il développe ensuite. Au premier moment (v. 19 et 20), il demeure dans les plus hautes généralités de la relation paternelle et filiale. Puis se précisent dans sa pensée les deux œuvres essentielles qui résultent de cette relation : vivifier, juger (v. 21-23). Enfin, ces deux œuvres elles-mêmes se présentent à son esprit sous une forme de plus en plus concrète, dans leur réalisation historique progressive : d'abord dans le domaine moral (v. 4-27), puis dans celui des réalités externes (v. 28-29). Où est, dans cet incomparable passage, ce qu'on appelle la métaphysique religieuse ? Du premier au dernier mot tout respire ce sentiment de l'abnégation filiale qui est le cœur du cœur de Jésus.
2. Le témoignage du Père appuyant celui que se rend le Fils :
versets 31 à 40
Jésus venait de s'attribuer des œuvres étonnantes. De telles déclarations pouvaient provoquer une objection chez ses auditeurs : « Tout ce que tu affirmes de toi-même n'a d'autre garantie que ta parole. » Jésus reconnaît que son témoignage a besoin d'une sanction divine (v. 31-35) ; et il la présente à ses adversaires dans un double témoignage du Père : 1o celui de ses miracles (v. 36) ; et 2o celui qui se trouve dès longtemps renfermé dans les Ecritures (v. 37-40).