L'acte de porter ce lit paraissait aux Juifs une violation du repos sabbatique. Les rabbins distinguaient trente-neuf espèces de travaux interdits au jour du sabbat, parmi lesquels celui de porter un meuble. Le statut rabbinique défendait également de traiter un malade, et peut-être le terme de τεθεραπευμένος, soigné, traité, renferme-t-il une allusion à cet autre grief non moins grave. Mais le tort des Juifs était d'identifier l'explication rabbinique du quatrième commandement avec son sens réel. - Le malade met très logiquement son action sous la garantie de celui qui lui a donné miraculeusement la force de l'accomplir. - La question des Juifs (v. 12) est très caractéristique ; elle est reproduite avec beaucoup d'exactitude et de finesse. Ils ne demandent pas : « Qui t'a guéri ? » Le fait du miracle, assez surprenant pourtant, les touche fort peu. Mais la contravention à leur statut sabbatique, voilà qui est digne d'attention ! C'est bien l'esprit des Ἰουδαῖοι (v. 10) ! - L'aoriste ἰαθείς (guéri), différent de τεθεραπευμένος (soigné), fait bien ressortir le moment où le malade, ayant acquis la conscience de sa guérison, a cherché du regard son bienfaiteur sans pouvoir le retrouver. La leçon adoptée par Tischendorf (ὁ ἀσθενῶν, le malade) n'a aucune valeur intrinsèque et n'est point suffisamment appuyée. - Le but de Jésus, en s'éloignant si rapidement, avait été d'éviter le bruit, l'attroupement ; il craignait l'enthousiasme charnel qu'excitaient ses miracles. Mais il ne résulte pas de là que les derniers mots : « vu qu'il y avait foule en ce lieu, » soient destinés à énoncer ce motif. Ils font plutôt ressortir comme le pense Hengstenberg, la possibilité de l'évasion. Jésus avait aisément disparu au milieu de la foule qui se pressait en ce lieu. C'est sans doute le sens que prétend exprimer la leçon du Sinaït. : ἐν μέσῳ, au milieu de ; elle est inadmissible, aussi bien que l'autre variante du même Ms. dans ce verset (ἐνευσεν). - ἐκνεύω, proprement : faire un mouvement de tête pour éviter un coup, d'où : s'esquiver. L'aoriste a certainement ici le sens de plus-que-parfait (contre Meyer et Weiss). - C'est de ce petit détail que Gess conclut que Jésus n'était pas accompagné de ses disciples, dans cette visite à Jérusalem, et qu'ils accomplissaient en ce moment leur mission en Galilée.