Comment cette femme venait-elle chercher de l'eau si loin et à une telle heure ? Elle avait sans doute travaillé aux champs et venait puiser de l'eau en rentrant à la maison à l'heure du repas (voir au v. 15). On a pensé que ce trait convenait à une heure de la soirée, puisque c'est ordinairement le moment où les femmes se rendent aux puits. Mais dans ce cas cette femme ne s'y serait sans doute pas trouvée seule (Meyer, Weiss). Le régime : de la Samarie, dépend du mot femme et non du verbe arrive : car, dans ce second cas Samarie devrait désigner la ville de ce nom, sens impossible, puisque cette ville est située à trois lieues au nord-ouest. - La demande de Jésus doit être prise dans le sens le plus simple et envisagée comme sérieuse. Il n'y a ici aucune allégorie ; il a réellement soif ; cela résulte naturellement du mot fatigué (v. 6). Mais cela n'empêche point qu'en entamant un entretien avec cette femme il n'obéisse à un autre besoin que la soif, celui de sauver (v. 32 et 34). Il n'ignore pas que le moyen d'attirer une âme est souvent de lui demander un service ; on lui témoigne ainsi une confiance qui la gagne. « L'effet de ce petit mot a été grand : il a commencé à renverser la muraille séculaire entre les deux peuples, » dit Lange. La remarque du v. 8 est destinée à faire comprendre que, si les disciples eussent été présents, ils eussent eu un vase, un ἄντλημα, à faire descendre dans le puits. En effet, en Orient chaque caravane est munie d'un seau pour puiser aux citernes qui se présentent sur le chemin (voir v. 11). Cette explication donnée par l'évangéliste constate la pleine réalité qu'avait à ses yeux le besoin qui provoqua la demande de Jésus. Ce n'est pas là non plus du docétisme ! - Le mot les disciples désigne-t-il tous les disciples sans exception ? L'un d'eux, Jean par exemple, ne serait-il point resté avec Jésus ? Il serait assez étrange qu'on eût laissé le Seigneur absolument seul au milieu d'une population hostile ; et douze hommes n'étaient pas nécessaires pour se procurer des vivres ! La pruderie de Meyer s'offusque d'une supposition aussi simple et Reuss va jusqu'à dire. « On a même eu la lumineuse idée de laisser Jean sur place pour prendre des notes. » - Les docteurs juifs disaient : « Celui qui mange le pain d'un Samaritain est comme celui qui mange de la viande de porc. » Cependant cette interdiction n'était pas absolue ; elle ne s'appliquait ni aux fruits ni aux légumes. Quant à la farine et au vin, on ignore. Les œufs non cuits étaient permis ; cuits ? c'était une question (Hausrath, Neutestam. Zeitgesch. I, p. 22). Du reste on constate que les règlements rabbiniques les plus sévères sont d'une époque postérieure.
Comment la Samaritaine reconnut-elle Jésus pour un Juif ? Au costume ou à l'accent. Stier a observé que, dans les quelques mots que Jésus venait de prononcer, se trouvait précisément la lettre ש qui, d'après Juges 12.6, distinguait les deux prononciations juive (sch) et samaritaine (s) : תני לשתות (teni lischetot ; samaritain : lisethot). - Les derniers mots du v. 9 (οὐ γὰρ συγχρῶνται…) sont une remarque de l'évangéliste, en vue de ses lecteurs païens qui pouvaient ignorer les origines du peuple samaritain (2 Rois 17.24 et suiv.). C'était un mélange de cinq nations transportées de l'Orient par Assarhaddon pour repeupler le royaume de Samarie, dont son prédécesseur avait déporté les habitants. Au culte de leurs anciens dieux nationaux, ils joignirent celui de la divinité du pays, Jéhova. Après le retour de la captivité de Babylone, ils offrirent aux Juifs leurs services pour la reconstruction du temple. Repoussés, ils usèrent de toute leur influence auprès des rois de Perse pour entraver le rétablissement du peuple juif. Ils se bâtirent un temple sur la montagne de Garizim. Leur premier sacrificateur fut Manassé, prêtre juif qui avait épousé une Persane. Ils étaient plus détestés des Juifs que les païens mêmes. On ne recevait pas de prosélytes samaritains. - On a pensé que la femme, par malice, exagérait un peu les conséquences de l'hostilité entre les deux peuples et que, en faisant subir à Jésus ce petit interrogatoire, elle voulait jouir un moment de la supériorité que lui donnait sa position. Cette nuance ne ressort pas du texte. La Samaritaine exprime naïvement son étonnement.