Jésus connut sans doute que le cœur de cette femme ne resterait pas fermé à sa parole, malgré l'ignorance et les préjugés dont il était rempli. Et avec quelle condescendance il poursuit l'entretien ! A quelle hauteur il l'élève dès l'abord !
Si la femme savait à qui elle avait affaire, au lieu de lui marchander un peu d'eau pour sa soit ; elle se mettrait à le prier humblement elle-même.
Il y a progression dans ces paroles si riches et très diversement interprétées. D'abord le don de Dieu, qui, sans aucun doute, était déjà renfermé dans cette précieuse occasion offerte à la femme de voir et d'entendre le Sauveur. Ensuite, cette première grâce la conduirait bien vite à savoir qui est celui qui condescend à lui demander un peu d'eau. La Samaritaine le saura bientôt, autant du moins qu'elle pouvait le connaître alors. (versets 29,42)
Lui, enfin, lui aurait donné de l'eau vive. Au sens propre, l'eau vive, c'est-à-dire celle qui coule de source (par opposition à l'eau de pluie recueillie dans des citernes) est particulièrement précieuse en Orient. Elle seule rafraîchit et restaure le voyageur épuisé par la fatigue et la soif.
Qu'est-ce que Jésus, sous cette belle image, offre à la pauvre femme samaritaine ?
Chaque interprète répond à cette question selon ce qui lui paraît être l'essence même de l'évangile. Meyer et Astié : la grâce et la vérité ; (Jean 1.14) Lücke : la foi, (Jean 7.38) Olshausen : Jésus lui-même et la vie qui vient de lui, Luthardt, Hofmann : le Saint-Esprit ; plusieurs Pères de l'Eglise : l'Esprit donné par le baptême.
Ne pourrait-on pas réunir toutes ces pensées en disant que l'eau vive est l'image de la vie, la vie spirituelle et éternelle de l'âme ? (versets 13,14) Mais cette vie ne se trouve qu'en Jésus (Jean 14.6 ; Colossiens 3.4) et elle n'est communiquée à l'âme que par le Saint-Esprit.
Toutes les interprétations précédentes se trouvent comprises dans cette dernière qui est en harmonie avec l'Ecriture entière. (Psaumes 23.2 ; 42.2,3 ; Esaïe 12.3 ; 41.17,18 ; Jérémie 2.13 ; Jean 7.37-39)