Quelle caractéristique des deux apôtres, que celle qui ressort de ces simples traits ! Jean contemple et devine ; Pierre agit et s'élance. « On ne manquera pas de remarquer, dit Reuss, que Pierre a besoin d'être instruit par Jean ; » ce qui signifie que par ce détail l'auteur cherche à élever Jean au-dessus de Pierre. Mais dans ce qui suit (v. 7, 11, 15-17, 19) tout concourt au contraire à donner à Pierre le premier rang. On constatera simplement dans le récit l'intention de caractériser les deux principaux apôtres avec leurs dons différents, tels qu'ils se
sont montrés plus tard dans toute leur carrière : Pierre, l'homme de l'activité missionnaire ; Jean, celui de la connaissance contemplative. - Le vêtement appelé ἐπενδύτες est un intermédiaire entre le χιτών l'habit de dessous, la chemise, et le ἱμάτιον le vêtement de dessus, le manteau ; c'est la blouse de l'ouvrier. Après l'avoir ôté, Pierre était réellement nu, sauf le subligaculum, le tablier, réclamé par la décence. Mais on peut admettre aussi, avec Meyer, qu'il avait conservé un vêtement de dessous ; l'usage grec du mot γυμνός, nu, autorise ce sens. Le mot διεζώσατο littéralement, il se ceignit, renferme les deux idées de passer le vêtement et de le serrer. - Tandis que Pierre s'élance dans l'eau et nage vers le Seigneur, Jean reste avec les autres disciples dans la barque. Πλοιαρίῳ, datif local (Meyer), ou, mieux peut-être, instrumental : au moyen de la barque (en opposition à Pierre, qui s'était jeté à la nage). Ils remorquèrent simplement le filet. Le car explique comment ils purent avoir recours à ce moyen : Ils n'étaient pas fort éloignés du rivage. Deux cents coudées font à peu près une centaine de mètres. Ἀπό n'est employé pour mesurer la distance que dans notre évangile (11.18) et dans l'Apocalypse (14.20), comme le fait remarquer Hengstenberg. Le même auteur observe que les termes πλοῖον et πλοιάριον alternent dans ce morceau, comme 6.17 et suivants.
On a supposé que ce récit d'une pêche miraculeuse se rapportait au même fait que le récit semblable Luc 5.4 et suivants ; les uns (Strauss, Weisse, un grand nombre de modernes) voyant dans le récit de Jean une reproduction libre de celui de Luc ; d'autres, comme Weiss, trouvant plutôt dans le récit de Luc une réminiscence anticipée du fait raconté par Jean ch. 21. La transposition d'un fait, dans l'histoire évangélique, ne serait pas sans doute une impossibilité. Mais qui croira que, Pierre s'élançant dans l'eau pour aller à Jésus debout sur le rivage, et Pierre prosterné à genoux devant lui dans la barque et lui disant : « Retire-toi de moi qui suis un pécheur ! » ne soient que deux variantes d'un même fait ! Je pense plutôt que Jésus, lorsqu'il voulut réhabiliter Pierre et le remettre à la tête de ses frères dans l'œuvre de l'aposlolat, le fit en lui rappelant par cette pêche magnifique les circonstances de son premier appel et en l'encourageant, par le renouvellement de ce symbole des succès inouïs qui couronneraient son travail, à se livrer de nouveau tout entier à cette tâche.
Le repas : versets 9 à 14.