On a donné des sens très divers à cet ordre : Suis-moi. Paulus l'a compris dans le sens le plus littéral : « Suis-moi dans l'endroit où je vais te conduire pour m'entretenir seul avec toi. » Et c'est réellement aussi le sens le plus naturel, comme le reconnaissent Tholuck, Weiss (jusqu'à un certain point), Wahle et Westcott. Chrysostome et Bæumlein entendent : « Suis-moi dans l'œuvre active du ministère apostolique. » Meyer : « Suis-moi sur la voie du martyre où mon exemple te conduit. » Luthardt : « Suis-moi dans ce monde invisible où je suis déjà rentré et où te conduira le martyre. » Mais les mots suivants : « Pierre, s'étant retourné, » prouvent qu'il s'agit réellement d'un départ de Pierre avec Jésus, qui a commencé à s'effectuer, et ils parlent par conséquent en faveur du sens littéral du mot suivre. Ce sens est d'ailleurs celui de ce même mot (ἀκολουθοῦντα) dans le verset suivant. Après avoir annoncé à Pierre son martyre, Jésus se met en marche pour s'éloigner, en ordonnant à Pierre de le suivre. Jean, voyant cela, les suit, sans y avoir été expressément invité ; il s'y sent autorisé par sa relation intime avec Jésus. Keil objecte que Jésus disparaissait miraculeusement et ne s'en allait pas ainsi sur ses pieds. Mais, s'il avait à s'entretenir en particulier avec Pierre, pourquoi n'aurait-il pas pu s'éloigner un moment avec lui ? Il ne résulte pourtant pas de là que le sens de l'ordre : Suis-moi, soit purement extérieur. Il est clair que par ce premier pas Pierre rentre dans cette voie de l'obéissance envers Jésus qui le conduira au terme tragique de son apostolat. C'est ainsi que le sens supérieur se lie naturellement à l'inférieur, aussi bien que 1.39. Ce symbolisme fait le fond de l'évangile de Jean tout entier. - Quel pouvait être l'objet de l'entretien particulier que Jésus désirait avoir avec Pierre ? Il est possible qu'il se proposât de lui donner les instructions nécessaires pour la convocation de ces quelques centaines de croyants galiléens auxquels il voulait se manifester personnellement avant de retirer entièrement à la terre sa présence visible (1 Corinthiens 15.6). Matthieu s'exprime ainsi 28.16 en parlant de cette réunion si considérable : « sur la montagne que Jésus leur avait désignée. » Il y eut donc un ordre précis, un rendez-vous donné à une certaine heure. Tout cela suppose une communication ; et si Pierre la reçut en ce moment, ce fut sa réinstallation de fait dans cette fonction de conducteur du troupeau qui venait de lui être rendue de droit. Le mot s'étant retourné rappelle 20.14,16 ; c'est une forme toute johannique. - Jean suivait Jésus et Pierre ; de quel droit ? C'est ce que doivent sans doute expliquer ces deux traits par lesquels il est caractérisé : Celui que Jésus aimait, et : Celui qui s'était appuyé sur le sein de Jésus et lui avait dit… Celui qui avait joui à ce point de l'intimité du Maître savait bien qu'il ne pouvait rien se passer entre Jésus et Pierre qui dût rester un secret pour lui. Ce trait n'est donc point un panégyrique non motivé de Jean, qui contredise l'origine johannique du récit. Le καί après ὅς : « lequel aussi, » fait ressortir la relation entre cette intimité exceptionnelle et sa qualité de disciple bien-aimé.
Le motif de la question de Pierre, v. 21, aurait été, non seulement selon l'école de Tubingue, mais aussi d'après des interprètes tels qu'Olshausen, Lucke, Meyer, Bæumlein, un sentiment de jalousie à l'égard de Jean. Est-il possible de prêter à l'homme auquel Jésus vient de confier ses brebis, un caractère si dénué de noblesse ? « Si je dois subir le martyre, j'espère que celui-ci n'y échappera pas non plus ! » Pierre et Jean étaient au contraire étroitement unis et s'aimaient véritablement (v. 7). Le premier avec sa nature virile éprouvait pour le second, plus timide et plus sensible, ce qu'un frère aîné ressent pour son cadet tendre et délicat. C'est la sympathie qui lui inspire cette question : Et celui-ci, que lui adviendra-t-il ? Il est naturel que l'émotion produite dans l'âme de Pierre par l'annonce de sa fin tragique se traduise dans son cœur par cette pensée : « Celui-ci, devra-t-il donc aussi passer par là ? »