Jésus renouvelle sa question « afin, comme dit Weiss, de pousser Pierre à un examen plus sévère de lui-même. » - Comme le : plus que ceux-ci, avait atteint son but, Jésus en fait maintenant grâce à l'apôtre ; mais il persiste dans l'emploi du terme le plus élevé pour désigner l'amour, ἀγαπᾶν. Pierre, de son côté, ne s'enhardit pas à s'appliquer un pareil terme ; il affirme d'autant plus énergiquement son amour dans le sens plus modeste du mot φιλεῖν, et de nouveau en appelle au regard scrutateur du Seigneur. A cette condition, Jésus lui confie de nouveau son troupeau, mais avec deux différences caractéristiques. Au mot βόσκειν, paître, qui se rapportait surtout à l'enseignement collectif ou privé par la parole, il substitue le terme ποιμαίνειν, conduire, terme qui désigne plutôt le gouvernement de l'Eglise dans son ensemble. D'après le Vatic. et le Cod. d'Ephrem, il emploie ici le terme de προβάτια, proprement petite brebis, chères brebis, au lieu de πρόβατα, brebis ; leçon qui pourrait bien être la vraie ; car, tout en exprimant encore une nuance de faiblesse, comme le mot agneaux, ce terme désigne pourtant un état plus avancé et forme la transition à celui de brebis, πρόβατα, dans la troisième phase de l'entretien.
Enfin la troisième question ne laisse plus de doute à Pierre sur le fait humiliant que le Seigneur veut lui rappeler, et ce souvenir l'affecte d'autant plus douloureusement que Jésus substitue cette fois, comme l'avait fait Pierre lui-même dès le commencement, au terme ἀγαπᾶν celui de φιλεῖν, par où il semble mettre en doute même cet attachement personnel dont l'apôtre faisait modestement profession. Pierre sent la pointe du poignard pénétrer jusqu'au vif de son être. Cette fois, il supprime le oui, expression de sa conscience personnelle, et se borne à en appeler plus humblement encore au regard pénétrant du Seigneur : Tu sais toutes choses ! C'est sous ce regard de la toute-science qu'il se place comme pour dire : « Vois toi-même si je ne t'aime pas ! » Cet appel au savoir supérieur de Jésus provient du sentiment douloureux des grandes illusions qu'il s'était faites sur lui-même (Weiss). Trois anciens manuscrits lisent ici (comme plus haut deux d'entre eux) προβάτια mais n'est-il pas probable que les copistes, ne saisissant pas les nuances, ont répété à tort ce diminutif et que Jésus a dit cette fois πρόβατα, mes brebis, qui désigne de nouveau le troupeau complet, mais considéré comme se trouvant dans l'état normal ? Jésus reprend le terme de paître, par où il fait entendre à Pierre que la surveillance générale de l'Eglise ne doit pas empêcher le pasteur de s'occuper de l'enseignement individuel et collectif des membres de son troupeau. Actes 20.31 montre bien que c'est ainsi que les apôtres ont compris leur saint mandat. Le passage 1 Pierre 5.1-4 semble être un écho de ces paroles de Jésus adressées à l'auteur de cette épître. Westcott fait ressortir avec raison le triple pronom μου (mes). Le Seigneur n'abdique pas son droit de propriété sur ceux qu'il confie à ses serviteurs. « Oves vieas pasce, dit Augustin, sicut meas, non sicut tuas. »
Après avoir rendu à Pierre son ancienne position directrice, Jésus lui annonce, v. 18-19a, quel sera le terme de son ministère. La liaison entre cette nouvelle idée et le dialogue précédent est facile à saisir. Pierre apprend de quelle manière il lui sera donné de témoigner à son Maître l'amour dont il vient de faire profession et d'achever ainsi d'effacer son reniement.