L'idée du départ v. 5 et 6 se rattache naturellement à ces derniers mots du v. 4 : « parce que j'étais avec vous. » Elle forme la transition à la promesse du Paraclet, v. 7, puisque le départ de Jésus est la condition de l'envoi du Saint-Esprit. De Wette et Lücke ont inutilement proposé de placer le v. 6 entre les deux propositions du v. 5. - La liaison est claire : de la grande lutte, Jésus passe à la grande promesse. Jésus est affligé de voir ses disciples uniquement préoccupés de la séparation qui s'approche, et nullement du terme glorieux auquel ce départ doit le conduire. L'amour devrait les pousser à l'interroger sur cet état nouveau dans lequel il va entrer (14.28). Au lieu de cela, il ne les voit préoccupés que de l'abandon où son départ va les laisser et plongés par là dans un morne abattement. Weiss croit que Jésus veut dire : « Vous ne m'interrogez plus parce que maintenant vous comprenez. » Mais la lumière ne se fit dans leur esprit que beaucoup plus tard (v. 29-30). Il y a évidemment dans ces mots : Nul de vous ne m'interroge, un reproche amical. Comme le dit Hengstenberg, « Jésus aurait aimé à trouver en ce moment chez eux le joyeux élan de cœurs qui s'ouvrent aux perspectives d'une époque nouvelle et qui ne tarissent pas en confiantes questions sur ce qu'elle leur promet. » Les questions de Pierre, de Thomas, de Philippe n'avaient point porté sur ce côté lumineux de son prochain départ, et d'ailleurs, au moment où Jésus parlait elles étaient déjà bien éloignées.
Les mots : Parce que je vous ai dit ces choses (v. 6), signifient, à la suite du v. 5 : « Parce que je vous ai parlé de séparation, de lutte, de souffrances. » Au v. 7, Jésus en appelle d'abord, comme 14.2, à la conviction qu'ils ont de sa véracité. Le ἐγώ, moi, en tête, accentue en opposition à leur ignorance la connaissance qu'il possède lui-même du vrai état des choses. Puis il leur annonce spontanément une partie de ces choses réjouissantes qu'ils ne s'empressaient pas de lui demander. Ce départ, c'est sa réintégration dans l'état divin, et celle-ci, c'est la condition de l'envoi qu'il leur fera de l'Esprit. Nous retrouvons ici l'idée de 7.39 : « L'Esprit n'était pas encore, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. » Pour qu'il dispose en leur faveur de cet agent suprême, il faut qu'il soit lui-même replacé dans l'état divin. Cet envoi suppose donc la glorification complète de son humanité. - Il n'est fait dans ce passage nulle mention du sacrifice de la croix et de la réconciliation du monde, cette condition première du don de l'Esprit. Ce silence s'explique par la déclaration du v. 12 : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez les porter. » Jean lui-même s'explique très nettement sur ce point dans son épître (2.1-2 ; 5.6-8) ; ce qui prouve bien qu'il ne s'est point permis de faire parler ici Jésus à sa guise. Du reste, Reuss est bien obligé de reconnaître lui-même que cette partie du discours s'adresse expressément aux Onze, et non, comme il le prétend toujours, aux lecteurs de l'évangéliste, et il cherche en vain à éluder la conséquence qui résulte de ce fait en faveur de la vérité historique de ces discours.