Il ne faut pas entendre par les similitudes dont parle Jésus les images du cep et des sarments ou de la femme qui enfante, dont il vient de se servir, encore bien moins les paraboles qui nous ont été conservées par les synoptiques. Il veut caractériser en général la manière de parler des choses divines en langage figuré ; comparez les termes maison du Père, chemin, venir, revoir, se manifester, faire sa demeure, etc. Il n'appartient qu'à l'Esprit de parler la langue réellement adéquate à la vérité divine. Tout enseignement en paroles n'est que figure, tant que l'Esprit lui-même n'explique pas. Παῤῥησιᾳ, ici : en termes propres, qui ne compromettent pas l'idée en l'exposant à une fausse interprétation ; comparez 11.14. Sur le mot παροιμία, voir à 10.6. - On peut hésiter entre les deux verbes ἀπαγγέλλειν qui signifie plutôt annoncer (alex.), et ἀναγγέλειν, déclarer (byz.). - Des mots περὶ τοῦ πατρός, touchant le Père, Weiss conclut que cette promesse ne peut porter que sur le contenu des v. 23 et 24, et que l'expression parler en figures ne se rapporte qu'au terme symbolique de Père par lequel Jésus vient de désigner Dieu. Mais comment expliquer d'une manière naturelle dans ce sens les pluriels ταῦτα et παροιμίαι ? Puis Keil demande avec raison si le nom de Père était pour Jésus une simple figure. N'est-il pas évident qu'il s'agit ici de l'enseignement du Saint-Esprit, qui sera une révélation du Père, de son caractère, de ses volontés, de ses plans envers l'humanité ? Du reste, Weiss se voit obligé dès le v. 23 de reconnaître qu'il ne peut plus être question des apparitions du Ressuscité, puisque le langage dans lequel Jésus a parlé avec ses disciples après sa résurrection ne différait point du langage humain ordinaire dont il s'était servi précédemment. Mais comment ne voit-il pas qu'en reconnaissant que l'état décrit dès le v. 23 est celui qui suivra la Pentecôte, il rétracte par là toute son interprétation précédente dès le ch. 14 ? Car le v. 26 ne décrit évidemment pas un autre état que les v. 23 et 24 ; le jour dont parle le v. 26 et celui dont parlent les v. 23 et 23 ne peuvent être autre chose que celui de 14.20-23. Comment le parler ouvertement du Père ne serait-il pas le fait intime décrit 14.23 : « Le Père et moi nous viendrons et ferons notre demeure chez lui ? » Et si l'expression : j'annoncerai ouvertement, dans notre v. 25 se rapporte à la Pentecôte, comme le concède Weiss, comment ne serait-il pas le parallèle du : je reviendrai, de 14.18 ? La déclaration du v. 26 semble au premier coup d'œil contredire celle de 14.16. Mais dans ce dernier passage Jésus parle encore du temps qui précédera la Pentecôte ; il dit qu'il priera pour les disciples, afin de pouvoir leur envoyer l'Esprit : ici au contraire le Paraclet est déjà supposé présent et agissant en eux ; c'est pourquoi ils prient eux-mêmes le Père au nom de Jésus, parce qu'ils sont en communication directe avec lui. Aussi longtemps par conséquent qu'ils demeurent dans cet état d'union avec Dieu, l'intercession de Jésus (Romains 8.34 ; Hébreux 7.25) ne leur est pas nécessaire. Mais dès qu'ils pèchent, ils ont besoin de l'avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste (1 Jean 2.1-2). L'expression : Je ne dis pas que je prierai, s'adapte très délicatement à cet état. Il ne dit pas qu'il priera ; car tant qu'ils seront dans l'état normal de fidélité, ils n'en auront pas besoin : il prie alors par eux, non pour eux. Cependant il ne dit pas non plus qu'il ne priera pas ; car il se peut qu'ils aient besoin encore de son intercession, si quelque séparation intervenait entre eux et le Père. On voit combien Grotius et d'autres ont faussé l'idée en entendant ces mots : « Je ne vous dis pas que…, » dans ce sens : « pour ne pas dire que moi aussi je prierai pour vous. » C'est faire dire à Jésus juste le contraire de sa pensée, comme le montre bien le v. 27.
Sur les mots : Le Père vous aime, parce que vous m'avez aimé, comparez 14.21,23. Les parfaits indiquent un état acquis : « Parce que vous êtes devenus ceux qui m'aiment et qui croient… » En général Jésus ne place pas la foi après l'amour : mais ici il parle d'une foi spéciale, de la foi en son origine divine. Longtemps ils ont été attachés de cœur à sa personne avant de comprendre toute sa grandeur, comme ils commencent à la comprendre maintenant. - Dans ces mots Jésus revient de l'avenir, la Pentecôte, à l'œuvre maintenant accomplie en eux, parce que celle-ci est la condition et la base de cet avenir (14.17). Et en effet le moment suprême approche : il est temps d'apposer le sceau sur cette loi présentement formée. Pour cela Jésus en formule, dans une proposition précise, le contenu essentiel : « Vous avez cru que je suis sorti de Dieu. » La leçon de B D et quelques autres Mjj., qui lisent : du Père, au lieu de : de Dieu (ℵ A Δ etc. Syrsin), est condamnée non seulement par Tischendorf, mais par Weiss lui-même, et doit être rejetée. On comprend que le mot Père, qui se retrouve partout dans le contexte, ait été substitué à Dieu. Mais c'est l'origine et la mission divines de Jésus, et non sa relation filiale avec Dieu, qui doit être accentuée ici comme l'objet essentiel de la foi des apôtres. Le cas est tout différent au v. 28. La préposition παρά, d'auprès de, et le verbe ἐξῆλθον, je suis sorti, expriment plus que la simple mission, qui serait désignée par ἀπό et ἐλήλυθα ces termes caractérisent la sphère divine, en général, de laquelle Jésus tire son origine. Ils font bien ressortir l'héroïsme de la foi des apôtres. Cet être de chair et d'os, cet homme chétif, méprisé, ils ont su reconnaître en lui un être venu à eux du séjour divin.