Après cette interruption destinée à encourager les apôtres, Jésus arrive à ce qu'il a de plus grave à leur annoncer sur le sujet qui l'occupe. Le tableau précédent faisait surtout ressortir la culpabilité des persécuteurs ; les paroles suivantes décrivent plutôt les souffrances des persécutés. La foi des apôtres aurait pu être ébranlée à la vue de l'impénitence et de l'hostilité de leur peuple. - Ἀλλά, comme souvent, terme de gradation (2 Corinthiens 7.11) : « Non seulement cela, mais il faut vous attendre à pis. » Ἵνα désigne le contenu de l'heure, comme voulu de Dieu. - Le zèle fanatique de Paul, lors du martyre d'Etienne, est à certains égards un exemple de l'état spirituel décrit au v. 2 (Actes 26.9), quoique chez lui l'ignorance dépassât la haine et que la haine de Jésus ne fût pas dans son cœur celle de Dieu, comme dans le cas indiqué 15.23 : comparez 1 Timothée 1.13. Le v. 3 décrit le comble de l'aveuglement moral : s'imaginer servir Dieu par l'acte même qui est l'expression de la haine la plus ardente contre lui ! Une telle manière d'agir ne peut provenir que de ce qu'on en est venu à méconnaître absolument et Dieu et Christ. Le v. 4 revient après cette digression à la pensée du v. 1 et l'achève en se rattachant aux v. 2 et 3. On a expliqué le ἀλλά, mais, de diverses manières. Il me paraît faite antithèse à cette idée sous-entendue : « Je comprends l'effroi que doivent vous inspirer les perspectives que je vous ouvre ; mais j'ai cru plus utile de vous les dévoiler enfin franchement, ce que je n'aurais pas voulu faire jusqu'à présent. » - Ces événements, qui par eux-mêmes auraient été pour eux un scandale, se changeront une fois annoncés par les paroles qu'il prononce à cette heure, en appuis de leur foi ; comparez 13.19 et 14.29. - Aussi longtemps que Jésus était avec eux, c'était sur lui que tombait la haine ; il les couvrait pour ainsi dire de son corps. Maintenant qu'ils vont se trouver à découvert, ils doivent être avertis ; comparez Luc 22.36-37, parole qui sous une tout autre forme renferme une pensée analogue et qui a dû être prononcée à peu près au même moment que celle de Jean. Il nous paraît impossible de concilier avec cette parole : « Je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, » la place qu'occupe dans le discours Matthieu ch. 10 l'annonce positive des persécutions dont l'Église sera l'objet. On ne peut dire, avec Chrysostome et Euthymius, que les souffrances annoncées ici sont beaucoup plus terribles que celles dont parle Matthieu 10.17,21,28 ; ni, avec Bengel, Tholuck, que la description actuelle est plus détaillée que celle-là ; ni non plus, avec Hofmann et Luthardt, que Jésus fait de cette annonce des persécutions l'objet plus exclusif de l'entretien en ce moment d'adieu. Toutes ces distinctions sont trop subtiles. C'est en vain que Westcott s'appuie sur la locution ἐξ ἀρχῆς, qui indiquerait une continuité et non seulement, comme ἀπ’ ἀρχῆς, un point de départ. Il vaut mieux reconnaître que Matthieu réunit dans le grand discours du ch. 10 toutes les instructions données en différents temps aux Douze sur les futures persécutions dont ils seront l'objet, comme au ch. 5 à 7 il réunit tous les éléments de la nouvelle loi chrétienne, et dans les ch. 24 et 25 toutes les prophéties eschatologiques ; et cela parce que, dans la composition des Logia, il ne tenait pas compte de l'ordre chronologique, mais uniquement des matières traitées. Ce caractère s'explique dès qu'on comprend le mode de composition du premier évangile[1].
3o) 16.5-15.
Jésus décrit maintenant la victoire que les disciples remporteront sur le monde soulevé contre eux. Il rattache d'abord à son départ la venue de l'agent divin (déjà annoncé 15.26-27) qui remportera par eux la victoire v. 5-7 ; il décrit ensuite le mode de cette victoire, v. 8-11 ; enfin il parle aux disciples de l'opération intérieure de l'Esprit, qui en est la condition, v. 12-15.
Versets 5 à 7.
Notes
[1] Voir mes Études bibliques, 5e éd., II, p. 19-22, et mon Introd. au N. T., II, p. 161 et suiv., 217 et suiv.