C'est ici la description de la victoire que, par l'organe des disciples le Saint-Esprit remportera sur le monde. Le discours de saint Pierre à la Pentecôte et ses effets sont le meilleur commentaire de cette promesse. Ce sera une victoire de nature morale dont le mode est exprimé par le terme ἐλέγχειν, convaincre de tort ou d'erreur ; ici à la fois de l'un et de l'autre. - Ce mot ne désigne point encore une condamnation définitive, ainsi que l'ont pensé les Pères, puis de Wette, Bruckner, comme si le Saint-Esprit devait démontrer à l'humanité perdue la justice de sa condamnation. Le v. 11 prouve que le prince du monde seul est déjà jugé. Si donc le monde veut profiter de la répréhension du Saint-Esprit, il est encore susceptible de salut. C'est ce que prouve l'effet de la prédication des apôtres, dans les Actes, chez une partie des auditeurs. La censure opérée par l'Esprit peut conduire soit à la conversion, soit à l'endurcissement ; comparez 2 Corinthiens 2.15-16. Les apôtres ne sont point nommés comme instruments de cette opération intérieure de l'Esprit : leur personne disparaît dans la gloire de l'être divin qui opère par leur moyen. Mais c'est bien par leur intervention qu'elle a lieu, comme le prouve le πρὸς ὑμᾶς, v. 7 : comparez aussi v. 13-15.
L'erreur du monde, d'une part, et la vérité divine, de l'autre, seront démontrées sur trois points. L'absence d'article devant les substantifs péché, justice, jugement, laisse à ces trois notions le sens le plus indéterminé. Jésus en précisera l'application par les trois ὅτι, en ce que ou parce que, qui suivent. Si cette explication de Jésus lui-même nous manquait, nous envisagerions sans doute l'idée de justice comme l'intermédiaire entre les deux autres : la justice s'appliquant au péché pour produire le jugement. Mais l'explication de Jésus nous met sur une tout autre voie. Seulement il importe de savoir s'il faut traduire les trois ὅτι par en ce que ou par parce que. Dans le premier cas le fait mentionné à la suite est celui dans lequel consistent le péché, la justice et le jugement, et la conjonction ὅτι peut être envisagée comme dépendante de chacun des trois substantifs ; dans le second la conjonction dépend à chaque fois du verbe convaincra et annonce un fait qui établira la vérité de Dieu et l'erreur du monde sur ces trois points. La première interprétation ne me paraît pas pouvoir s'appliquer au second de ces points.
Le monde, ici le monde juif, était dans l'erreur sur le péché, ne le cherchant que dans les honteux égarements des péagers et les grossières violations de la loi lévitique. Israël condamnait et rejetait Jésus comme malfaiteur à cause de ses infractions sabbatiques et de ses blasphèmes prétendus. L'Esprit lui révélera son propre état de péché par le moyen d'un crime auquel il ne songe pas, l'incrédulité envers son Messie, l'envoyé de Dieu ; comparez le discours de Pierre, au jour de la Pentecôte, Actes 2.22-23,26 ; 3.14.-15. Les Juifs sincères ont reconnu aussitôt la vérité de cette répréhension (Actes 2.37). Et cet office de l'Esprit continue toujours. Jésus est le bien ; le repousser, c'est préférer le mal au bien et vouloir y persévérer ; comparez 3.19-20. C'est ce que le Saint-Esprit ne cesse de faire sentir au monde incrédule par ses organes ici-bas. - Ainsi περὶ ἁμαρτίας ὅτι ne signifie pas : il convaincra le monde du péché qui consiste dans l'incrédulité ; mais : il le convaincra de son état de péché en général, et cela en le lui faisant toucher au doigt au moyen d'un fait décisif, son incrédulité à l'égard du Messie. Il va sans dire que cette œuvre de l'Esprit ne doit pas être confondue avec l'usus elenchticus de la loi.
Le monde juif est également dans le faux quant à la manière dont il a compris la justice. Se rengorgeant dans le sentiment de ses œuvres méritoires, Israël s'est posé vis-à-vis de Jésus en représentant de la justice, et l'a rejeté de son sein comme membre indigne. Le Saint-Esprit remplira à l'égard de ce jugement la fonction de cour d'appel. Le Vendredi-Saint semblait avoir attribué le péché à Jésus, et la justice à ses juges ; mais la Pentecôte renversera cette sentence : elle donnera la justice au condamné de Golgotha, et le péché à ses juges. Ce sens résulte d'abord du contraste entre les deux termes péché et justice, puis de la proposition explicative suivante, d'après laquelle la justice dont il s'agit ici est celle que la glorification conférera à Jésus dans le monde invisible et que l'envoi du Saint-Esprit par lui aux siens proclamera ici-bas. Cette justice ne saurait donc être, comme le pensent Augustin, Mélanchton, Calvin, Luther, Lampe, Hengstenberg, etc., la justification que le croyant trouve en Christ, ou, comme l'admet Lange, la justice de Dieu, qui prive les Juifs, pour punition de leur incrédulité, de la présence visible du Messie et de son règne terrestre (« vous ne me verrez plus). Dans ces mots : parce que je m'en vais à mon Père, Jésus présente son ascension, le terme auquel aboutit sa mort, comme devant fournir la démonstration de sa justice ; et il ajoute ce qui suit : et que vous ne me verrez plus pour compléter cette preuve : « Vous me sentirez présent et agissant, lors même que vous ne me verrez plus. » Le corps de Jésus aura disparu ; mais son activité divine dans cet état d'invisibilité prouvera son élévation auprès du Père et par conséquent sa justice parfaite (Actes 2.24-27).
Le jugement, dont le Saint-Esprit fournira au monde la démonstration, ne sera pas ce grand jugement des Gentils qu'attendaient les Juifs, ni même celui du monde juif convaincu de péché. Car la sentence définitive des uns et des autres n'est pas encore prononcée. Le prince de ce monde seul a dès maintenant comblé la mesure de sa perversité et peut par conséquent être définitivement jugé. Jusqu'au Vendredi-Saint, Satan n'avait déployé sa haine meurtrière que sur des coupables. En ce jour-là, il a attenté à la vie du juste parfait. En vain Jésus avait dit : Il n'a rien en moi. Satan a épuisé sur lui sa rage homicide (8.44 et 8.40). Ce meurtre sans excuse a provoqué contre lui une sentence immédiate et irrévocable. Il est jugé et destitué de droit. Et c'est le Saint-Esprit qui proclame ici-bas cette sentence, en appelant le monde à rendre hommage à un nouveau Maître. Cette invitation révèle la révolution profonde qui vient de s'opérer dans le domaine spirituel. Chaque pécheur arraché à Satan et régénéré par l'Esprit est le monument de la condamnation de celui qui s'appelait jadis le prince de ce monde.
Ainsi, par le témoignage de l'Esprit, le monde, juste à ses propres yeux, sera déclaré pécheur ; le malfaiteur condamné sera démontré juste ; et le vrai auteur de ce crime recevra sa sentence irrévocable : telles sont les trois idées renfermées dans ce passage, dont il est impossible de méconnaître la puissante originalité. Il ne diffère de 12.31-32 que quant à la forme : les trois acteurs mentionnés, le monde, Satan et Jésus, sont les mêmes, aussi bien que les rôles qui leur sont attribués. Notre passage ajoute seulement cette idée : que c'est le Saint-Esprit qui dévoilera aux hommes la vraie nature du drame invisible consommé sur la croix. Le résultat de cette répréhension de l'Esprit est que les uns restent dans le péché de l'incrédulité et participent ainsi au jugement du prince de ce monde, tandis que les autres se rangent du côté de la justice de Christ et sont soustraits au jugement prononcé sur Satan. - Mais si cette victoire de l'Esprit doit être remportée par les apôtres, il faut qu'auparavant l'œuvre de l'Esprit ait été consommée en eux. C'est pourquoi Jésus passe de l'action de l'Esprit sur le monde par les fidèles à son action dans les fidèles eux-mêmes (v. 12-15).