Les apôtres ne doivent pas s'inquiéter à cause de cette haine si générale, se figurant qu'ils l'ont eux-mêmes provoquée et croyant y voir la preuve qu'ils sont dans une mauvaise voie : « Mais (αλλά) rassurez-vous, c'est à cause de moi. » - « A cause de mon nom, » dit Jésus : c'est-à-dire à cause de la révélation de ma personne que vous avez reçue et que vous leur annoncerez. La raison pour laquelle cette révélation, qui devait réjouir Israël, l'indignera, c'est qu'il ne connaît pas vraiment Dieu. L'idée de Dieu a été faussée au sein de ce peuple. Voilà pourquoi il se heurte à l'apparition de Jésus et se heurtera à la prédication de ses apôtres. Le livre des évangiles est l'exposé du premier de ces faits, et le livre des Actes celui du second. Par suite de son aveuglement, Israël verra plutôt dans l'homme le plus saint un imposteur, que l'envoyé de Dieu.
Verset 22. Cet aveuglement qui a dominé toute leur histoire (voir le discours d'Etienne, Actes ch. 7), eût encore pu leur être pardonné, si, à ce moment décisif, ils se fussent enfin rendus. Mais le rejet de la suprême manifestation divine caractérise leur état comme une antipathie invincible, comme la haine de Dieu, sentiment qui constitue le péché irrémissible. Plusieurs (Bengel, Luthardt, Lange, Hengstenberg, Keil, Wahle) pensent que le péché qui ne leur serait pas imputé, c'est leur incrédulité même envers Jésus. Mais ce péché, si Jésus ne fût pas venu, n'eût pas même été possible (Weiss). Il faudrait donc entendre les premiers mots dans ce sens : « Si je ne fusse pas venu de telle et telle manière, par exemple avec la sainteté que j'ai déployée, et que je ne me fusse pas rendu témoignage d'une manière si convaincante… » Mais Jésus dit simplement : Si je ne fusse pas venu, c'est-à-dire comme Messie. Le sens est donc celui-ci : « Le péché antérieur d'Israël, sa longue résistance à Dieu, eût pu lui être pardonné si maintenant il n'y mettait pas le comble par le rejet de Jésus venant comme Sauveur et se rendant témoignage comme tel. Ce dernier péché détruit toutes les excuses qu'Israël eût pu alléguer pour sa conduite en général ; il prouve incontestablement que c'est d'un mauvais vouloir pour Dieu que ce peuple est animé ; que ce n'est par ignorance qu'il pèche. » L'idée n'est pas tout à fait la même que 9.41.
Verset 23. Dans le rejet de Jésus, il y a de la haine pour lui et dans cette haine pour lui, la méchanceté juive se dévoile clairement comme haine de Dieu ; elle se distingue par là d'une simple ignorance, comme celle des païens. Il y a plus :
Verset 24. Si le témoignage que Jésus se rendait ne parvenait pas à les éclairer, ses œuvres au moins auraient dû procurer créance à son témoignage. Celui qui n'avait pas une conscience assez développée pour saisir le caractère divin de ses enseignements, avait du moins des yeux pour contempler ses miracles. - Pour les deux premiers καί voir à 6.36 : ils ont fait marcher ensemble ce qui paraissait incompatible, voir et haïr ; et cela tout à la fois (les deux καί suivants) par rapport à moi et à mon Père : ces deux derniers καί sont additifs, non adversatifs.
Verset 25. Ἀλλά : « Mais il n'y a rien là d'étonnant. » Le juste de l'ancienne alliance s'était plaint par la bouche de David (Psaumes 35.19 ; 69.5) d'être l'objet de la haine gratuite des ennemis de Dieu. Si leur haine était toute à leur charge malgré les fautes du juste imparfait, à combien plus forte raison le juste parfait peut-il s'approprier cette plainte qui est en même temps sa consolation et celle de ceux qui souffrent comme lui et pour lui ! - Weiss prétend ici, comme pour les autres citations de ce genre, que l'évangéliste met dans la bouche même du Messie ces paroles de l'A. T. L'évangéliste se représenterait donc le Messie prononçant aussi ces mots du v. 6 du Psaume 69 : « O Dieu, tu connais ma folie et mes fautes ne te sont point cachées ; » ou bien il ne les aurait jamais lus ! - Quant au Psaume 35, il est impossible d'y trouver une ligne qui eût pu conduire un lecteur quelconque de l'A. T. à l'application messianique. - Afin que dépend d'un : « Cela est arrivé, » ou : « Cela devait arriver, » sous-entendu, comme dans d'autres cas (9.3 ; 13.18 ; 1 Jean 2.19 ; Marc 14.19, etc.). Sur le terme « leur loi, » voir à 8.17. De Wette trouve dans ces mots une ironie : « Ils pratiquent fidèlement leur loi. » Ce sens paraît recherché.