C'est l'amour de Jésus qui a formé le lien entre lui et nous. En cet amour a jailli sur la terre le fleuve de l'amour divin : d'abord l'amour du Père pour Jésus, dont il lui a donné l'assurance au baptême et qui est celui dont il l'a aimé avant son incarnation (17.24) ; puis l'amour de Jésus pour les siens, qui est de la même nature que celui de Dieu pour lui (καθώς non ὥσπερ). L'initiative dans ces deux cas est partie de l'être le plus élevé. Quelle est donc la condition pour que la relation se maintienne et se consolide ? Il faut simplement que l'être inférieur accepte cet amour et y corresponde. Il n'a pas à l'éveiller : il n'a qu'à demeurer sous son rayonnement. Mais pour cela il doit ne pas le forcer à se détourner de lui : et c'est ce qu'il ferait par l'infidélité et par la désobéissance. Jésus fait remarquer qu'il n'impose point ici au fidèle vis-à-vis de lui une autre condition que celle à laquelle il est soumis lui-même vis-à-vis du Père. Sa vie a été un acte de soumission permanente aux injonctions divines ; sans cette soumission, il eût cessé à l'instant d'être l'objet de l'amour satisfait du Père (8.29 ; 10.17). Telle est aussi la position du fidèle à l'égard de l'amour de Christ. L'expression mon amour ne peut désigner ici que l'amour de Jésus pour les siens : comparez les mots : Comme je vous ai aimés, et tout le développement v. 13-16. Le Seigneur emploie pour lui-même les verbes au passé, parce qu'il est arrivé au terme de sa vie terrestre. La seconde proposition du v. 9 : Et je vous ai aimés, ne dépend pas de καθώς, comme : « Comme mon Père m'a aimé et que je vous ai aimés. » Car le verbe principal, qui serait dans ce cas : demeurez, n'est en aucune relation logique avec la première proposition du v. 9 : Comme mon Père m'a aimé. Le sens est : « Et moi aussi, je vous ai aimés ; demeurez donc les objets de cet amour. » - Et comment cela ? Par une fidélité à ses injonctions semblable à celle, qu'il témoigne lui-même pour la volonté de son Père (v. 10). - En leur demandant cela, Jésus est assuré par sa propre expérience de ne point leur imposer un fardeau, mais plutôt de leur révéler le secret de la joie parfaite (v. 11). C'est cette jouissance constante de l'amour du Père sur la voie de l'obéissance qui a fait sa joie ici-bas ; et cette joie se reproduira chez ses disciples sur la même voie. C'est donc bien sa joie à laquelle il les initie et à la possession de laquelle il les invite dans ces paroles : « Je vous ai dit cela afin que… » Ma joie ne peut donc signifier ici : la joie que je produirai en vous (Calvin), ou : la joie que j'éprouve à votre sujet (Augustin), ou : la joie que vous éprouvez à mon sujet (Euthymius). Il s'agit de la joie dont il jouit lui-même en se sentant l'objet de l'amour du Père. Comparez l'expression analogue ma paix, 14.27. - Ainsi par l'obéissance leur joie croîtra jusqu'à la plénitude. Car chaque acte de fidélité resserrera le lien entre Jésus et eux, comme chaque instant de la vie de Jésus a resserré le lien entre son Père et lui. Et se sentir renfermé avec le Fils dans l'amour du Père, n'est-ce pas la joie parfaite ? La leçon ᾖ paraît préférable à μείνῃ. La notion d'être suffit ; celle de demeurer serait superflue ; comparez 17.26.