La promesse des v. 25 et 26 avait pour but de tranquilliser les disciples quant aux obscurités qui planaient encore pour eux sur l'avenir de leur Maître et sur le leur propre. Les v. 27-29 tendent à les rassurer par rapport aux dangers auxquels ils se voient exposés dans cet avenir qui s'ouvre devant eux. Jésus fait évidemment allusion à la salutation israélite : Paix te soit (Schalom leka) ! Meyer et Reuss prennent le mot εἰρήνη dans un sens objectif : le salut (שלום, la pleine prospérité). Mais l'adjectif « ma paix » et la fin du verset où il est question de trouble à faire cesser, auraient dû empêcher cette fausse interprétation. Jésus, en les quittant, voudrait les faire jouir d'une quiétude intérieure parfaite, telle que celle qu'ils contemplent en lui-même. Cette paix résulte chez lui, en face de la mort, de sa confiance absolue en l'amour du Père. C'est cette confiance qu'il veut leur inspirer et par laquelle sa paix deviendra la leur. C'est là le legs qu'il leur fait (ἀφίημι, je laisse), et ce legs il le puise dans son propre trésor : ma paix. Le verbe δίδωμι, je donne, est en rapport avec τὴν ἐμήν (la mienne) : on donne du sien. Dans Luc 10.5-6, Jésus confère à ses disciples le pouvoir qu'il exerce ici lui-même : celui de faire part de leur paix. - On rapporte ordinairement le contraste entre la paix de Jésus et celle du monde à la nature de l'une et de l'autre : la paix du monde consistant dans la jouissance de biens qui n'ont que l'apparence ; celle de Jésus dans la possession de biens réels et impérissables. Luthard et Keil trouvent ici un autre contraste : celui entre la vraie et la fausse paix. Mais il résulte de l'omission de l'objet : la paix, dans la seconde proposition (« Je ne donne pas comme le monde donne »), et de la conjonction καθώς (à la manière de), que le contraste porte plutôt sur l'acte de donner que sur l'objet du don : « Quand je donne, moi, c'est réellement, c'est avec efficacité, tandis que, quand le monde vous dit adieu en la forme usitée : Paix vous soit ! il ne vous donne que de vains mots, un vœu impuissant. » Je ne puis comprendre en quoi ce sens est inférieur au sérieux de la situation, comme le prétend Meyer. Cette paix, qu'il leur communique par cette parole même, doit bannir de leurs cœurs le trouble que Jésus y remarque encore (μὴ ταρασσέσθω) et les préserver, par là même, du danger de faiblir (δελιᾶν), qui résulterait de cet état de trouble.
Mais il ne suffit pas à Jésus de les voir rassurés, affermis ; il voudrait même les voir joyeux (v. 28). Et ils le seraient réellement, s'ils comprenaient bien le sens de ce départ qui s'approche. Le ἠκούσατε, vous avez entendu, porte sur les v. 2, 12 et 18 ; la citation, comme si souvent, est faite librement. - Jésus ajoute le : et je viens, parce que sans cela il ne pourrait leur demander de trouver dans son départ un sujet de joie. Les mots : « Si vous m'aimiez, » signifient ici : Si vous m'aimiez d'une manière entièrement désintéressée en m'aimant pour moi, non pour vous-mêmes. Ces mots sont d'une exquise délicatesse. Par là Jésus trouve le moyen de leur faire de la joie un devoir de tendresse. Il les rend attentifs à l'élévation prochaine de sa position (comparez 13.3,31-32) ; et quel ami véritable ne se réjouirait de voir son ami élevé à un état plus digne de lui ? Jésus n'énonce pas ici l'idée de l'activité plus puissante dont cette élévation sera pour lui le moyen (17.2). Il en appelle uniquement à leur cœur d'amis. - Il faut retrancher avec les alex. le mot εἶπον (le second) et lire : parce que je m'en vais, et non « parce que je vous ai dit : Je m'en vais. » - La raison pour laquelle ils devraient se réjouir pour lui de ce changement est que son Père est plus grand que lui. En rentrant en Dieu il va donc retrouver une forme d'existence plus libre, plus élevée, plus heureuse. Jésus sentait le fardeau de l'existence terrestre, tout en le portant patiemment. Ne disait-il pas : « Jusqu'à quand serai-je avec vous ? Jusqu'à quand vous supporterai-je ? » (Luc 9.41). Son abandon de l'existence divine, son acceptation de l'existence humaine était pour lui une épreuve qui allait cesser par son élévation auprès de Dieu ; comparez le πρὸς τὸν θεόν 1.1, et v. 18. L'explication de Lücke, de Wette, etc. : « Dieu sera un meilleur protecteur pour vous que je ne pouvais l'être par ma présence visible, » méconnaît le sens naturel des mots et ce qu'il y a de personnel dans cet appel à leur affection : si vous m'aimiez. - Dès le second siècle de l'Eglise, l'exégèse a compris de deux manières différentes l'explication qui suit sur la relation entre le Père et le Fils (voir l'excellente dissertation de Westcott). Les uns ont entendu : « plus grand que le Logos comme tel, » en tant que le Père est tout naturellement supérieur au Fils, tandis que les autres ont appliqué cette supériorité du Père uniquement à la nature humaine de Jésus. Cette seconde explication ne me paraît pas possible : si l'état du Fils peut changer, sa personne, en effet, son moi, reste toujours identique à elle-même : le sujet qui parle en ce moment ne peut donc être autre que celui qui parle dans des passages tels que 8.58 ; 17.5,24. Ensuite s'il s'agissait uniquement de la nature humaine de Jésus, à l'exclusion de sa nature divine, on pourrait dire, avec Weiss, qu'« une telle comparaison entre Dieu et un être créé serait une folie touchant au blasphème. » Nous avons déjà reconnu, en étudiant le prologue (1.1), que le Logos comme tel, est subordonné à Dieu. Ainsi que le disait Marius Victorinus (365) : « Comme tenant tout du Père, il lui est inférieur, quoique, comme tenant tout de lui, il soit son égal. » Reuss a vu, bien à tort, un désaccord entre cette parole et la divinité du Christ, telle qu'elle est enseignée dans le prologue (1.1). Car dans le prologue même nous trouvons la notion de la subordination expressément énoncée comme ici, et, d'autre part, notre passage respire, chez celui qui parle de la sorte, le sentiment le plus vif de sa participation à la divinité. Dieu seul peut se comparer à Dieu, et les Ariens, en cherchant un appui dans ce texte, ont commis tout au moins une maladresse. C'est certainement ici l'un des passages dont l'apôtre s'est inspiré en formulant son prologue.
Verset 29 : cette disparition de Jésus, si contraire à leurs pensées, pouvait en elle-même ébranler leur foi ; mais Jésus applique à cette épreuve ce qu'il avait dit de la trahison de Judas : par le fait qu'il la leur aura prédite, elle tournera au contraire à l'affermissement de leur foi. Et maintenant, enfin, l'invitation au départ :