Le terme orphelins est en rapport avec le terme mes petits enfants (13.33) c'est le langage du père mourant. Il suffirait de l'asyndeton entre le v. 18 et le précédent pour prouver l'identité essentielle de pensée entre cette parole et celle des v. 16 et 17. Cette forme, avons-nous vu, indique en général une affirmation plus accentuée de la pensée déjà énoncée. Cette observation écarte par conséquent toute autre explication des mots : Je reviens à vous, que celle qui les rapporte au retour de Jésus par le Saint-Esprit (v. 16 et 17). C'est là l'explication de presque tous les modernes (même de Meyer et de Luthardt, 2e éd.). De plus, cette explication est la seule possible en raison de tout le passage suivant, v. 19-23, qui ne peut être que le développement du v. 18 (voir surtout v. 21 et 23). Plusieurs néanmoins appliquent cette promesse aux apparitions de Jésus ressuscité (Chrysostome, Erasme, Grotius, Hilgenfeld). Weiss lui-même se joint à eux, abandonnant ainsi sa propre explication du ἔρχομαι, je viens, v. 3. Mais ces apparitions eurent un caractère momentané et ne furent point un vrai retour de Jésus ; comparez l'expression remarquable, Luc 24.44 : « Quand j'étais encore avec vous. » Le but de ces apparitions était uniquement de fonder la foi des disciples à la résurrection de Jésus, et par là de préparer son retour en esprit dans leur cœur, mais non de l'opérer. Comment ces apparitions pouvaient-elles être son retour, puisque son ὐπάγειν, son départ, renferme à la fois sa mort et son ascension (v. 28 ; 13.1) ? Le retour doit donc être postérieur à celle-ci. - L'application du v. 18 à la Parousie (Augustin, Hofmann, Luthardt, 1re éd.) est également impossible : comparez les v. 19 et 23 : au v. 19, le revoir de Jésus coïncide avec sa disparition pour le monde ; et d'après le v. 23, le retour chez les fidèles est décrit comme purement intérieur, tandis que de l'avènement final il est dit : « Et tout œil le verra. » Tout ce que l'on peut et doit accorder, c'est que les apparitions du Ressuscité ont servi à préparer et rendre possible son retour par le Saint-Esprit et que cette venue de Christ en esprit aura sa consommation dans l'avènement du Seigneur glorifié. - L'Esprit est sans doute un autre soutien en ce que son action diffère de celle de Jésus visible ; mais sa venue n'en est pas moins le retour de Jésus lui-même. L'Esprit n'est pas le remplaçant de Jésus, comme le prétend Weiss ; autrement la promesse du Paraclet ne répondrait qu'imparfaitement au besoin des disciples, dont le cœur réclamait le retour du Maître lui-même. Si donc Weiss allègue que le mot je viens ne peut désigner qu'une venue personnelle, nous lui répondons que c'est bien Christ en personne que nous rend le Saint-Esprit. Quant à 16.22, qu'allègue aussi Weiss, voir à ce passage. Tholuck a conclu de l'expression : je viens, que le Saint-Esprit n'est que la personne de Jésus lui-même spiritualisée, et Reuss prétend que, « quoique l'exégèse littérale plaide pour la distinction des personnes (entre Christ et l'Esprit), la logique pratique se refuse à l'admettre. » Il « hasarde même l'opinion que dans les discours de Jésus la notion abstraite du Verbe est remplacée par la notion plus concrète de l'Esprit. » Jean est innocent de confusions aussi graves. Comme aucun écrivain de l'ancienne alliance n'aurait employé l'un pour l'autre les termes d'Esprit de Dieu et d'Ange de l'Éternel, ainsi la confusion de la Parole avec l'Esprit est inadmissible chez un écrivain de la nouvelle. Saint Paul dit sans doute : « Le Seigneur est l'Esprit » (2 Corinthiens 3.17). Mais il ne confond pas pour cela la personne du Seigneur glorifié avec le Saint-Esprit. C'est ici un domaine où il importe de tenir compte des nuances. D'après 16.14, l'Esprit est, non le Seigneur, mais la puissance qui le glorifie, qui le fait apparaître, vivre et grandir au-dedans de nous, et cela en prenant de ce qui est à lui et en nous le communiquant. Les rôles sont donc parfaitement distincts. Ils le sont tout aussi bien dans l'œuvre de la Pentecôte que dans celle de l'incarnation. En engendrant Jésus dans le sein de Marie, le Saint-Esprit n'est pas devenu le Christ. De même le Saint-Esprit, en glorifiant et en faisant vivre en nous Jésus, ne devient pas pour cela Jésus. La Parole est le principe de la révélation extérieure, l'Esprit celui de la révélation intérieure. Jésus est l'objet à assimiler ; l'Esprit est la puissance par laquelle s'accomplit l'assimilation. Sans la révélation objective donnée en Jésus l'Esprit n'aurait rien à féconder au-dedans de nous : sans l'Esprit, la révélation accordée en Jésus reste en dehors de nous et ressemble à une parabole non comprise. Il résulte de là que l'Esprit qui vient c'est bien, en un sens, Jésus qui revient ; d'extérieur Jésus devient intérieur. L'œuvre de l'Esprit consommée, c'est Christ formé dans le croyant, ou, ce qui exprime la même idée c'est le croyant arrivé à la parfaite stature de Christ (Galates 4.19 ; Ephésiens 4.13). Comment Weiss peut-il dire que cette notion est paulinienne, non johannique ? Le être de Jésus dans le fidèle est de la même nature que le être de Dieu dans la personne du Christ, d'après 17.22-23. Cette idée renferme celle que nous venons de développer. Elle est contenue dans l'expression ἐν Χριστῷ qui n'a pas un autre sens chez Paul que chez Jean.
Les mots : Encore un peu de temps (v. 19), sont en rapport avec le présent je viens. Ils réduisent, pour ainsi dire, à rien la durée de la séparation. - L'asyndeton nous conduit à voir dans ce qui suit un développement de la promesse du v. 18. - La vue dont parle Jésus doit être permanente, comme l'indique le présent θεωρεῖτε, vous me voyez ; c'est cette contemplation intérieure constante que décrit saint Paul dans une parole très semblable à la nôtre, 2 Corinthiens 3.18 : « Nous qui contemplons la gloire du Seigneur à visage découvert. » Tandis que le monde qui n'a connu Jésus que selon la chair, ne le voit plus dès qu'il a disparu corporellement, il devient dès ce moment visible aux siens dans le milieu spirituel où ils sont transportés par l'Esprit et où ils se rencontrent avec lui. La différence d'application du mot θεωρεῖν, voir, dans les deux membres de phrase, ne prouve rien contre ce sens ; c'est précisément sur cette différence intentionnelle que repose le sens de la phrase ; comparez 22 et 23. Ce commerce intime est la source de toute la force du chrétien dans sa lutte avec lui-même et avec le monde. C'est pourquoi, dans ce qui suit, à l'idée de voir est substituée sans transition celle de vivre.
On peut, dans la phrase suivante, faire dépendre les deux propositions, de ὅτι : « Vous me voyez, parce que je vis et que, vous aussi vivrez, » ainsi que le font Meyer, Luthardt, Weiss, soit qu'on applique le tout à la vie nouvelle produite par le Saint-Esprit (Christ et les fidèles se revoyant en tant qu'ils sont transportés dans un même milieu de vie), soit que comme Weiss, on applique le revoir aux apparitions du Ressuscité : « Vous me revoyez, parce que vous et moi revivons alors. » Mais le contraste entre le présent je vis et le futur vous vivrez ne s'explique pas suffisamment dans ces deux interprétations. Et dans celle de Weiss comment expliquer le mot : Vous vivrez ? Les apparitions du Ressuscité n'ont pas fait vivre (ζῆν) les disciples ; elles ont relevé leur courage. La vie, dans tout notre évangile, est communiquée par le Saint-Esprit (7.39). Une seconde construction consiste à faire dépendre la première propos, seule de ὅτι et à expliquer : « Vous me voyez (alors), parce que je vis ; et (comme conséquence de cette vue de moi vivant) vous aussi vivrez. » Notre vue spirituelle de Jésus résulte de sa vie céleste, et cette vue produit en nous la vie. Mais l'opposition fortement accentuée entre le ἐγώ, moi, et le καὶ ὑμεῖς, et vous ou vous aussi, nous fait préférer une troisième construction : celle qui fait dépendre le ὅτι du verbe suivant ζήσεσθε, vous vivrez : « Mais vous, vous me voyez (en opposition à : le monde ne me voit plus) : parce que je vis, vous aussi vivrez. » Ils le voient ; et, comme celui qu'ils contemplent ainsi est vivant, cette contemplation leur communique la vie. - Par ce présent : je vis, Jésus se transporte, comme v. 3 et 18, à ce moment prochain où la mort sera définitivement vaincue pour lui et où il vivra de la vie parfaite, indestructible ; et par le futur, vous vivrez, au moment plus éloigné encore où sa vie de glorifié deviendra la leur. Ainsi s'explique naturellement le rapport entre je vis et vous vivrez ; comparez le rapport semblable entre je viens et je vous prendrai, v. 3. Le présent désigne le principe posé une fois pour toutes, le futur les conséquences journalières, graduelles, éternelles.