C'est ici le don suprême, parce qu'il est la source de tous les autres par les prières qu'il inspire au fidèle. Et d'abord, v. 15, la condition morale pour que ce don puisse être accordé à l'homme. Il faut une préparation : « Aimez-moi ! Accomplissez ma volonté. » Le v. 17 justifiera cette condition morale. Les commandements dont parle Jésus sont les recommandations qu'il leur a faites pendant qu'il a été avec eux, et particulièrement les instructions qu'il leur a données dans cette dernière soirée (13.14,15,34 ; 14.1). Le T. R. avec presque tous les Mjj., l'Itala et la Peschitto lit l'impératif τηρήσατε, gardez, tandis que B L lisent τηρήσετε, vous garderez. Le premier est une invitation directe à l'obéissance au nom de l'amour qu'ils ont pour lui. Le second renfermerait une réflexion sur la relation nécessaire entre ces deux choses. Il me paraît qu'il n'y a pas à hésiter entre ces deux leçons. La seconde provient probablement du futur suivant : et je prierai. - A la condition morale Jésus ajoute la condition objective, ou la cause efficiente du don divin, sa propre intercession. Cette intercession aura pour objet le don du Saint-Esprit. La parole 16.26, où il est dit : « Je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous, » se rapporte au temps qui suivra ce don. - Le terme de παράκλητος littéralement appelé auprès, a été pris par Origène, Chrysostome, dans le sens actif de consolateur, παρακλήτωρ (Job 16.2 dans les LXX). C'est sous l'influence de la Vulgate que ce sens faux a passé dans nos versions françaises. Il est reconnu aujourd'hui que le mot παράκλητος de forme passive, doit avoir un
sens passif : celui qui est appelé comme appui, comme soutien ; c'est exactement le sens du terme latin advocatus, de notre mot avocat : le défenseur de l'accusé devant le tribunal. Peut-être le terme employé par Jésus a-t-il été celui de goël, champion, défenseur, le terme grec a aussi ce sens dans le grec profane, par exemple chez Démosthènes, Diogène Laërce, Philon. Jean lui-même lui donne cette signification, 1Jean 2.1 : « Nous avons un paraclet (avocat) auprès du Père, savoir Jésus-Christ, le juste. » Le sens de docteur (Théod. de Mopsueste, Ernesti, Hofmann, Luthardt) ne repose, philologiquement, sur rien, et l'expression l'Esprit de vérité (v. 17) ne suffit point à le justifier. Ce que Jésus demandera au Père en leur faveur, c'est donc un autre soutien, toujours à leur portée, toujours prêt à venir à leur aide, au premier appel, dans leur lutte avec le monde. De cette signification fondamentale découlent aisément les applications suivantes : soutien dans les moments de faiblesse ; conseiller dans les difficultés de la vie ; consolateur dans la souffrance. Par là il fera pour eux ce qu'a fait pendant ces dernières années le Maître bien-aimé qui les quitte. En disant un autre, Jésus se donne implicitement à lui-même le titre de Paraclet ; il est donc faux devoir ici une différence d'intuition avec la 1re épître (1 Jean 2.1). Ce don que leur fera le Père, aura lieu non seulement à la demande de Jésus, mais, comme il le dit 15.26, par son intermédiaire : « Le Paraclet que je vous enverrai de la part de mon Père. » Comme c'est lui qui le demande de notre part, c'est aussi lui qui nous l'envoie de la part de Dieu. Et il ne viendra pas pour s'éloigner bientôt, comme Jésus : mais son habitation en eux sera éternelle. Meyer entend εἰς τὸν αἰῶνα « jusque dans le siècle à venir. » Mais le mot αἰών dans le N. T. comme dans les classiques (ἐξ αἰῶνος, δι’ αἰῶνος, εἰς αἰῶνα désigne une durée indéfinie et, avec l'article, l'éternité. - Le Saint-Esprit, un être divin, envoyé de la part du Père, pour remplacer un simple homme - à supposer que Jésus ne fût que cela - serait-ce concevable ?
L'apposition : l'Esprit de vérité, v. 17, sert à expliquer le terme, encore obscur pour les disciples, de Paraclet. Cette expression ne peut signifier ni : qui est la vérité, - c'est Jésus qui est la vérité, - ni : qui possède la vérité, ce serait oiseux. L'enseignement de l'Esprit est opposé ici à la parole, comme 16.23. L'enseignement par le moyen de la parole ne peut jamais donner qu'une idée confuse des choses divines ; quelque habilement que soit employé ce moyen, il ne saurait produire dans l'âme de l'auditeur qu'une image de la vérité ; aussi Jésus le compare-t-il (16.25) à une parabole. L'enseignement de l'Esprit, au contraire, incorpore à l'âme la vérité divine : il lui donne pleine réalité au-dedans de nous par l'expérience qu'il nous en fait faire ; lui seul fait pour nous de la parole une vérité. - Mais, comme Jésus l'a déjà fait entendre au v. 15, pour être apte à recevoir ce docteur divin, il faut une préparation morale. L'âme dans laquelle il vient habiter doit déjà être soustraite à la sphère profane. C'est pourquoi Jésus avait dit : Gardez mes instructions : et c'est pourquoi il ajoute ici : Que le monde ne peut recevoir. Ce n'est pas par suite d'un caprice qu'au matin de la Pentecôte l'Esprit est descendu sur cent-vingt personnes seulement, et non sur tous les habitants de Jérusalem : celles-là seules avaient subi la préparation indispensable. Jésus explique en quoi consiste cette préparation qui manque au monde : il faut avoir vu et connu l'Esprit pour le recevoir. L'Esprit s'identifie trop intimement avec notre vie personnelle, pour qu'il puisse nous être imposé : pour qu'il vienne en nous, il doit être désiré et appelé, et pour cela il faut que nous ayons déjà fait en quelque manière connaissance avec lui. Mais comment cela se peut-il, si on ne l'a pas encore reçu ? L'exemple des disciples nous l'apprend. Pendant les années qu'ils avaient passées dans la société de Jésus, sa parole, ses actes, constantes émanations de l'Esprit, leur avaient fourni le moyen de contempler dans sa plus parfaite manifestation cet agent divin et d'y reconnaître ce qu'il y a de plus saint et de plus excellent, et leur cœur avait rendu hommage à la perfection de ce souffle d'en-haut qui animait constamment leur Maître. C'est ce que n'avait pas fait le monde (les Juifs), qui, en entendant parler Jésus, disait : « Il a un démon, » et qui, en voyant ses miracles, les attribuait à Béelzébub. Ceux-ci étaient ainsi restés étrangers à l'action de l'Esprit, y étaient même devenus hostiles ; voilà pourquoi ils étaient hors d'état de le recevoir. Il m'est impossible de comprendre quel sens Weiss peut donner à ces deux verbes : contempler et connaître, en dehors de cette explication et sans tomber dans cette pétition de principe : pour recevoir l'Esprit, il faut le voir ; et pour le voir, il faut l'avoir. Si l'on répond en disant que ces deux présents : contempler et connaître, sont des présents d'anticipation, qui se rapportent au moment où les disciples auront reçu l'Esprit, on oublie qu'il s'agit ici des conditions morales pour le recevoir. - L'action préparatoire de l'Esprit sur les disciples est exprimée par les mots : demeure avec vous ; et la relation plus intime qu'il contractera avec eux dès la Pentecôte, par ceux-ci : « Il sera en vous. » Il ne faut donc ni lire, dans la première proposition, μενεῖ (au futur), demeurera, avec la Vulgate, ni lire, dans la seconde, ἐστί, est, avec le Vaticanus et le Cantabrigiensis. Tout le sens de la phrase est précisément dans l'antithèse entre le présent demeure (comparez μένων v. 25) et le futur sera. Ce contraste des temps est complété par celui des deux régimes : avec vous (comparez παρ’ ὑμῖν du v. 25) et en vous. - Faire dépendre la dernière proposition : Et il sera en vous, du ὅτι, parce que, qui précède, ne conduit à aucun sens raisonnable : Vous le connaissez actuellement parce qu'il sera en vous ! Cette dernière phrase exprime au contraire un fait nouveau, un progrès de la plus haute importance : « Et ainsi, en vertu de la connaissance que vous avez déjà acquise de lui en le contemplant en ma personne, il pourra venir en vous. » Cette distinction entre l'action préparatoire de l'Esprit sur l'homme (par le moyen de ses manifestations historiques en Christ, puis dans l'Eglise) et son habitation réelle dans l'individu, est comme effacée aujourd'hui dans la conscience de la chrétienté, et la confusion de deux positions si différentes entraîne d'incalculables conséquences. - « Jusque-là Jésus, vivant avec eux, avait été leur soutien ; maintenant ils auront le soutien dans leur propre cœur » (Gess) ; et ce soutien, ce sera le Saint-Esprit, c'est-à-dire de nouveau Jésus lui-même sous une autre forme : c'est cette dernière idée, si bienfaisante pour le cœur des disciples, que développent les paroles suivantes, v. 18-21.