La coupure des chapitres est ici très fautive ; car les paroles suivantes sont en relation étroite avec l'entretien précédent et particulièrement avec cette parole de Jésus : Tu me suivras plus tard. Jésus, étendant cette même promesse à tous les disciples (comparez v. 3) leur explique de quelle manière ils pourront le rejoindre. Il va pour le moment leur préparer leur place dans ciel (v. 2), puis il reviendra les chercher pour les y transporter (v. 3). C'est à ce point de vue spécial qu'il faut se placer pour bien comprendre l'exhortation à la confiance que renferme le v. 1. Bien loin de jeter le trouble dans leur cœur son départ doit les remplir de la plus douce espérance. Ils doivent avoir confiance en Dieu, qui dirige cette œuvre et qui ne laisse pas périr leur Maître par impuissance et en Jésus lui-même, qui exécute l'œuvre de sa part et qui, bien loin d'en être séparé par la mort, va la continuer et la consommer là-haut. Je pense, avec la plupart, que les deux πιστεύετε, croyez, sont mieux en rapport avec l'impératif ταρασσέσθω, ne se trouble pas, si on les prend tous deux comme impératifs. D'autres les prennent tous deux (Luther, dans sa traduction) comme indicatifs (vous croyez), ou bien seulement le premier (Erasme, Luther dans son explication, Calvin, Grotius), ou seulement le second (Olshausen). Jésus leur rappellerait, pour dissiper leur trouble, la foi qu'ils ont déjà en lui et en Dieu ou en l'un des deux. Ce serait assez oiseux. Dans le second membre de phrase, le régime en moi est placé avant le verbe ; c'est pour faire mieux ressortir l'antithèse des deux régimes en Dieu et en moi : « Confiez-vous en Dieu ; en moi aussi ayez confiance. »
Un premier motif de confiance est donné au v. 2 : il se rapporte plutôt à la confiance en Dieu. Jésus leur fait remarquer que la demeure du Père, dans laquelle il rentre, est assez vaste pour les recevoir eux tous et beaucoup d'autres avec eux. L'image est tirée de ces vastes palais orientaux où il y a des appartements, non seulement pour le souverain et pour l'héritier du trône, mais pour tous les fils du roi, si nombreux qu'ils soient. Le terme πολλαί, plusieurs ne se rapporte nullement à une diversité entre ces demeures (comme si Jésus voulait faire allusion aux divers degrés de félicité céleste), mais uniquement à leur nombre : il y en a autant que de croyants ; chacun possédera la sienne dans ce vaste édifice. - Cette demeure céleste est avant tout l'emblème d'un état spirituel : la communion avec le Père, la position filiale accordée à Christ dans la gloire divine et à laquelle il associera les fidèles. Mais cet état se réalisera dans un lieu déterminé, celui où Dieu manifeste avec le plus d'éclat sa présence et sa gloire, le ciel. Lange pense qu'en prononçant ces paroles, Jésus montrait à ses disciples le ciel étoilé : mais 14.31 prouve qu'ils étaient encore dans la salle. - D'après la leçon alex. il faudrait lire ὅτι, que ou parce que, après les mots je vous aurais dit : « Je vous aurais dit que je m'en vais, ou : parce que je m'en vais… » Le premier de ces sens est incompatible avec le v. 3, où Jésus dit précisément qu'il s'en va et pour préparer. Les Pères qui, en général, adoptent ce sens, n'ont pas réussi à faire disparaître la contradiction qu'il implique avec ce qui suit. Weiss, Keil, Wahle, par préférence systématique pour les alex., essaient le second sens, celui de parce que ; le premier, en faisant porter cette conjonction sur le verbe j'aurais dit, mais sans parvenir à tirer de là une pensée intelligible[1] ; Keil, en faisant porter le parce que sur : il y a plusieurs demeures, ce qui force à faire des mots intermédiaires une parenthèse : « Il y a plusieurs demeures…, - sinon, je l'aurais dit, - vu que je m'en vais vous y préparer la place. » Mais en quoi la preuve donnée : je vais préparer, est-elle plus certaine que le fait affirmé : il y a de la place ? Et cette parenthèse qui n'est indiquée par rien n'est pas naturelle. Wahle fait porter le parce que… sur l'exhortation à la confiance en Dieu et en Christ, qui serait motivée par là. Mais ces deux idées sont éloignées l'une de l'autre et on ne peut faire de l'entre-deux une simple parenthèse. Il faut savoir encore cette fois que la leçon des alex. est insoutenable ; le ὅτι est une adjonction provenant de ce qu'on a voulu faire des mots suivants le contenu du verbe : j'aurais dit. Plusieurs, soit en rejetant, soit en conservant le ὅτι, prennent les mots précédents dans le sens interrogatif : « Vous aurais-je dit (que je m'en vais vous préparer une placer une place) ? » Mais il ne leur avait dit nulle part rien de pareil. D'autres traduisent : « Vous le dirais-je (en ce moment même) ? » Mais il faudrait l'imparfait (ἔλεγον ἄν). Il faut donc en revenir à l'interprétation la plus simple : « Si cela n'était pas je vous l'aurait dit. » C'est-à-dire : « Si notre séparation devait être éternelle, je vous en aurais prévenu ; je n'aurais pas attendu ce moment suprême pour vous le déclarer ; » ou, comme dit Grotius : Ademissem vobis spem inanem.
Leur foi en Dieu doit leur faire comprendre que la maison du Père est vaste. Mais il faut encore que l'accès leur en soit ouvert et qu'ils y aient leur habitation assurée. C'est ici qu'intervient la foi en Jésus, comme complément de la foi au Père. Il est leur πρόδρομος, leur avant-coureur dans le ciel (Hébreux 6.20). C'est sous cette image qu'il leur fait envisager et sa mort qui leur ouvrira par la réconciliation l'entrée du ciel, et son élévation par laquelle sera créé en sa personne un état glorieux auquel il les associera plus tard. Voilà comment il préparera.
Notes
[1] Parce que celui qui s'en va leur préparer une place doit savoir mieux que personne s'il y a là des demeures à préparer. Quelle preuve. Prouver son dire par son savoir et son savoir par son dire !