Cette exception confirme la règle, puisqu'elle prouve que, là même où la foi avait été éveillée, la crainte des hommes en comprima la profession et le développement. On voit par cette parole remarquable combien pesant était le joug sous lequel le pharisaïsme courbait Israël (voir les paraboles du ch. 10). La cause morale de l'endurcissement et de l'aveuglement du peuple (v. 40) était précisément cette puissance du fanatisme pharisaïque, incompatible avec l'esprit de l'Evangile. - Sur ὅμως, pourtant, comparez Galates 3.15 ; 1 Corinthiens 14.7. - Les mots : de peur d'être chassés de la synagogue, confirment ce qui a été dit 9.22. - Le mot δόξα, au v. 43, est presque pris dans son sens étymologique : opinion, d'où : approbation. - La différence de leçon (ὕπερ et ἤπερ) est probablement due à l'itacisme (prononciation de η et de υ, comme ι). Si on lit ὕπερ, il y a ici deux formes de comparaison combinées, comme pour mieux faire ressortir l'odieux d'une telle préférence. - Ceux que l'on range ordinairement dans la classe de ces lâches, sont des gens tels que Nicodème et Joseph d'Arimathée. Je ne puis admettre cette application (19.38-42). Il s'agit plutôt de ceux qui restèrent extérieurement attachés au système juif, tels que Gamaliel et beaucoup d'autres, les Erasmes de ce temps-là. Sur la nécessité de la profession pour le salut, comparez Romains 10.10.
II. Les conséquences de la foi et de l'incrédulité : v. 44 à 50
Israël n'a pas seulement été aveugle par rapport aux signes ; il a été sourd à l'égard des témoignages qui les accompagnaient, et voilà ce qui achève de rendre son incrédulité impardonnable. Tel est le sens et l'esprit de ce morceau ; ce n'est point un sommaire de l'enseignement de Jésus en général. C'est un résumé fait au point de vue spécial de l'incrédulité juive. La première partie fait ressortir le privilège attaché à la foi (v. 44-46) ; la seconde, la condamnation qui frappera l'incrédulité (v. 47-48) ; la troisième, la raison de la gravité si décisive de ces deux faits moraux (49-50). La critique conteste avec raison que Jésus ait jamais tenu le discours suivant ; elle allègue à bon droit l'absence de toute indication relative aux circonstances de temps et de lieu, ainsi que le manque de toute idée nouvelle (voir Keim, par exemple). Mais elle se trompe en concluant à une composition factice que l'évangéliste mettrait dans la bouche de Jésus (de Wette), et en généralisant cette conclusion au point de ne plus voir dans les discours du IVe évangile en général que l'expression des pensées propres de l'auteur (Baur, Reuss, Hilgenfeld).
De la part de l'évangéliste lui-même, peut-on supposer l'intention de nous présenter encore, à ce moment de son récit, un discours de Jésus comme réellement prononcé par lui ? C'est ce que font, il est vrai, ceux qui admettent que Jésus prononça ces paroles au sortir du temple (Lampe, Bengel), ou au moment où il y rentrerait de nouveau après le départ mentionné v. 36 (Chrysostome, Hengstenberg), ou dans un entretien privé devant ses disciples (Besser, Luthardt, 1re éd., Wahle[1]) De ces trois suppositions, les deux premières se heurtent au v. 36, qui indique évidemment la clôture du ministère public de Jésus. La troisième, retirée par Luthardt lui-même (2e éd.), a contre elle le terme ἔκραξε (il cria bien haut) et le fait que ce morceau ne renferme qu'une série de réminiscences des enseignements précédents. L'évangéliste a terminé avec le v. 36 son rôle de narrateur, quant à cette partie de l'histoire. Dès le v. 37 il contemple le fait mystérieux qu'il vient de retracer et médite sur ses causes et sur ses conséquences. C'est donc bien ici un discours composé par Jean ; mais il ne l'attribue point tel quel à Jésus ; il le donne comme un sommaire de tous les témoignages du Sauveur auquel les Juifs auraient dû croire, mais qu'ils ont rejetés. Voilà précisément pourquoi ce morceau ne renferme aucune idée nouvelle et ne porte aucune indication de temps ou de lieu. Les aoristes (ἔκραξε, εἶπεν) rappellent tous les cas particuliers dans lesquels Jésus avait prononcé sur lui-même de telles affirmations : ils doivent se rendre ainsi : « Et cependant il leur avait assez dit…, il avait crié assez haut… » Ou, comme s'exprime Bæumlein : « Jésus hatte aber laut erklärt… » Cette interprétation s'impose de plus en plus à l'exégèse moderne. Il résulte de là que chacune des déclarations suivantes reposera sur un certain nombre de passages renfermés dans les discours précédents. - Au rejet des miracles de Jésus, qui étaient le témoignage de Dieu (v. 37-43), l'incrédulité juive a ajouté le rejet du témoignage de Jésus sur lui-même :
Notes
[1] Wahle fait de ces versets non la clôture de la partie précédente, mais le commencement des derniers entretiens de Jésus avec les siens (ch. 13 à 16). On ne saurait méconnaître plus complètement la portée de ce morceau et le lien étroit qui le rattache à ce qui précède. 13.1 ouvre d'ailleurs bien évidemment une nouvelle section. G. G.