Chaque fois que le Fils accomplit un grand acte d'abaissement et de consécration personnelle, le Père répond par une manifestation sensible d'approbation. Ce qui était arrivé au baptême et à la transfiguration se renouvelle maintenant. En cette heure, qui est la clôture du ministère de Jésus et où il se voue à la mort, c'est le moment ou jamais, pour le Père, d'apposer publiquement sur la personne et sur l'œuvre du Fils le sceau de sa satisfaction.
Lücke, de Wette, Hengstenberg, Weiss tiennent cette voix du ciel pour un simple coup de tonnerre. En raison de la coïncidence de ce phénomène extérieur avec sa prière, Jésus l'interpréterait librement dans le sens indiqué par l'évangéliste. Le tonnerre n'est-il pas souvent appelé dans l'A. T. la voix de l'Éternel ? Les rabbins ont donné un nom à ces voix prophétiques, à ces inspirations mystérieuses que provoque dans le cœur des fidèles une parole accidentellement entendue, celui de Bath-Kol (fille de la voix). Mais le texte ne favorise pas cette interprétation du phénomène ici raconté. D'après Jean, ce n'est point un coup de tonnerre pris pour une voix du ciel ; c'est au contraire une voix du ciel qu'une partie de la foule envisage comme un coup de tonnerre ; comparez Meyer. Comment Jésus dirait-il : cette voix (v. 30) ? Comment cette voix serait-elle traduite par lui ou par Jean en une parole précise ? D'où viendrait dans cette parole le contraste entre le passé (j'ai glorifié) et l'avenir (je glorifierai), contraste qui ne se rattache à rien dans la prière de Jésus ? Comment enfin une partie de la foule discernerait-elle dans ce son un langage articulé qu'elle attribue à un ange ? Le texte ne permet de penser qu'à un phénomène divin. Quant à la superstition rabbinique appelée Bath-Kol, elle ne peut être citée ici, puisqu'on ne tirait de semblables signes que d'une voix humaine. - Le passé j'ai glorifié se rapporte au ministère du Seigneur en Israël, qui touche à sa fin : le futur je glorifierai, à l'action prochaine de Jésus sur le monde entier, lorsque du sein de sa gloire il éclairera les païens. Entre ces deux grandes œuvres que le Père accomplit par le Fils, se place précisément l'heure de souffrance et de mort qui est la transition nécessaire de l'une à l'autre. Il n'y a donc pas à reculer devant cette heure. Elle est d'ailleurs bien entourée. Avant…, le nom de Dieu glorifié en Israël : après…, le nom de Dieu glorifié dans le monde entier. Voilà bien la réponse la plus consolante pour le cœur filial de Jésus (17.1-2,4,6). - Les deux καί, et, et, font ressortir la relation étroite entre l'œuvre faite et l'œuvre à faire : « Moi qui ai accompli l'une, je saurai aussi accomplir l'autre. »
Toute la foule entend un bruit ; mais le sens de la voix n'est perçu par chacun qu'en proportion de son intelligence spirituelle. Ainsi, dans la parole humaine, la bête sauvage ne perçoit qu'un son ; l'animal dressé y découvre un un ordre, par exemple, auquel il obéit aussitôt : l'homme seul y discerne une pensée. - Ὄχλος : le plus grand nombre ; ἄλλοι : d'autres en plus petit nombre : comparez Actes 9.7 avec 22.9 ; 26.13-14, où un phénomène analogue se produit lors de l'apparition de Jésus à Paul. Pour percevoir une vision, il faut un organe interne, et cet organe peut être plus ou moins affiné. A la Pentecôte, là où les uns ne voient qu'un effet de l'ivresse, les autres discernent une révélation des choses magnifiques de Dieu (Actes 2.11-13 - Le parfait λελάληκεν, au lieu de l'aoriste, signifie qu'à leurs yeux Jésus est désormais un personnage en possession de ce signe céleste.