Les pèlerins venus de Jéricho avec Jésus avaient, en arrivant à Jérusalem, répandu le bruit de son approche. Les habitants de la campagne de Judée, dont il a été parlé 11.55-56 et qui faisaient de Jésus, bien des jours déjà avant son arrivée, l'objet de leurs entretiens, apprenant qu'il séjournait si près d'eux, ne purent contenir leur impatience de le voir, aussi bien que Lazare, le monument vivant de sa puissance. - Le terme de Juifs conserve ici le sens qu'il a dans tout l'évangile : les représentants de l'ancien ordre de choses. C'était précisément ce qu'il y avait de poignant pour les chefs : la population même sur laquelle ils avaient toujours compté, pour tenir tête à celle de Galilée, les habitants de la Judée et même de Jérusalem, commençaient à faire défection. - Ὑπάγειν, se retirer, mais sans éclat. On mettait quelque précaution dans cette attitude nouvelle et particulièrement dans ces visites à Béthanie. - Ainsi se prépare l'entrée solennelle de Jésus à Jérusalem. Le peuple est tout disposé à une ovation. Il suffit maintenant que Jésus donne un signal et lâche les rênes à l'enthousiasme de la multitude, pour que sonne l'heure de la manifestation royale depuis si longtemps désirée par sa mère (2.4) et réclamée par ses frères (7.3-4), mais jusqu'ici refusée par lui.
II. L'entrée à Jérusalem : v. 12 à 19.
Jésus avait, en toute occasion, travaillé à réprimer les manifestations populaires en sa faveur (6.15 ; Luc 14.25-33 ; 19.11 et suiv., etc.). Maintenant il laisse libre essor aux sentiments de la multitude et se prête à l'hommage public qu'on lui prépare. Qu'avait-il encore à ménager ? Une fois au moins en sa vie ne devait-il pas être reconnu et salué en sa qualité de Roi d'Israël ? Dans tous les cas, l'heure de sa mort était proche ; celle de son avènement royal avait donc sonné.
La tradition de l'Eglise chrétienne fixe l'entrée de Jésus à Jérusalem au dimanche qui précéda la Passion. L'explication la plus probable du v. 1 n'a pas confirmé cette manière devoir ; c'était vraisemblablement le lundi. Trois d'entre les évangélistes ne parlent pas du moment de la journée où eut lieu cet événement. Pourquoi donc ne nous en rapporterions-nous pas à celui qui l'indique positivement, Marc ? Il dit 11.11 : « Et Jésus entra à Jérusalem et dans le temple ; et, ayant tout contemplé, comme il était déjà tard, il s'en alla à Béthanie avec les Douze. » Cette parole implique qu'après être entré à Jérusalem, Jésus ne fit plus rien d'important ce jour-là, parce que l'heure était trop avancée. D'où il résulte que l'entrée eut lieu dans la seconde moitié de la journée. Comment est-il possible d'appeler cette conclusion de l'harmonistique, comme le fait Weiss ? Jean dit-il rien de contraire à ce récit de Marc ?