La résurrection de Lazare n'a pas été la cause de la mort de Jésus ; mais elle a occasionné et hâté le décret de sa condamnation. Le vase était plein ; elle l'a fait déborder. - Les pharisiens sont nommés spécialement parce qu'ils étaient les instigateurs de cette réunion hostile (v. 46 ; 9.15) ; mais c'étaient les grands-sacrificateurs qui l'avaient officiellement convoquée. - L'absence d'article devant συνέδριον pourrait s'expliquer en admettant que Jean traite ici ce mot comme nom propre. Cependant il est plus naturel de prendre ce terme dans le sens général d'assemblée ou de conseil, qu'il a aussi dans le grec profane. - Le présent ποιοῦμεν, « que faisons-nous ? » remplace un futur ; il fait ressortir l'imminence du danger. « Il faut absolument faire quelque chose, mais quoi ? » Ὅτι : en raison de ce que. « Sa conduite doit déterminer la nôtre. » - La crainte exprimée v. 48 n'était pas dénuée de fondement. La moindre émeute pouvait servir aux Romains de prétexte pour dépouiller le peuple d'Israël du reste d'indépendance dont il jouissait encore, et dans ce cas-là que deviendrait la puissance du sanhédrin ? L'inquiétude des chefs se porte surtout sur la destruction de leur pouvoir. C'est ce qu'exprime énergiquement la position du pronom ἡμῶν (de nous, notre) avant les deux substantifs. Jésus a reproduit cette pensée des chefs dans la parabole des vignerons, Matthieu 21.38 : « Tuons-le et conservons l'héritage. » Jérusalem, Israël, c'est leur chose. « Notre lieu » désigne naturellement la capitale siège de leur gouvernement, plutôt que le temple (Lücke, de Wette. etc.) ou la Judée tout entière (Bengel). Dans le premier sens, ce terme se lie aussi plus naturellement au suivant : « notre peuple ; » celui que nous gouvernons de ce lieu-ci. Comme ils parlent au point de vue politique. ils emploient le terme ἔθνος, et non celui de λαός, qui est le nom de dignité du peuple d'Israël.
L'expression : l'un d'entre eux, ne permet guère d'admettre que Caïphe présidât l'assemblée. Lors même, en effet qu'il paraît prouvé aujourd'hui que le souverain sacrificateur était en même temps président du sanhédrin (Schürer Gesch. des jüd. Volks, II. p. 135 et suiv.), il ne faut pas oublier que ce n'était point ici une séance régulière (v. 47). - Au milieu d'une troupe d'esprits indécis, qui flottent entre la conscience et l'intérêt, un homme énergique, qui renie hardiment les droits de la conscience et met en avant sans scrupule la raison d'Etat, a toujours chance de l'emporter. - Si ceci se fût passé dans les beaux temps de la théocratie, l'expression souverain sacrificateur de cette année-là serait incompréhensible ; car, d'après la loi, le pontificat était à vie. Mais, depuis la domination romaine, les maîtres du pays, redoutant le pouvoir que donne une charge inamovible, avaient adopté l'usage de remplacer fréquemment un grand-prêtre par un autre. D'après Josèphe (Antiq. XVIII, 2, 2), le gouverneur romain Valérius Gratus « ôta le sacerdoce à Ananus et le conféra à Ismaël ; puis, ayant destitué celui-ci peu de temps après, il établit souverain sacrificateur Eléazar, fils d'Ananus ; après une année écoulée, il destitua ce dernier et nomma à sa place Simon : celui-ci n'eut cette dignité qu'une année, et Joseph, surnommé Caïphe, lui fut donné pour successeur. » Caïphe resta en charge de l'an 23 à l'an 36 de notre ère ; par conséquent tout le ministère de Jésus se passa sous son pontificat. Ces changements fréquents justifient l'expression de l'évangéliste et ôtent à la critique le droit de prétendre que l'auteur de notre évangile ignorât que la grande sacrificature, d'après son institution, fût une charge à vie. Mais si Caïphe a été grand-prêtre pendant onze années consécutives, comment saint Jean peut-il employer, à trois reprises (v. 49, 51 ; 18.13), cette expression : « souverain sacrificateur de cette année-là ? » Nous retrouvons ici le pronom ἐκεῖνος employé dans ce sens particulièrement énergique qu'il a si souvent dans cet évangile : non pas : cette année-là plus éloignée, en opposition à quelqu'autre plus rapprochée, mais : cette année unique, décisive, où fut mis à mort le Messie. - L'apostrophe de Caïphe à ses collègues a un certain caractère de grossièreté. Ce trait, comme l'observe Hengstenberg, convient aux allures de la secte sadducéenne à laquelle appartenait Caïphe ; comparez Actes 4.6 ; 5.17, et Josèphe, Antiq. XX, 9, 1 Bell. Jud. III, 8, 14, cet historien dit : « Les pharisiens s'aiment mutuellement et cultivent entre eux la concorde en vue de l'avantage commun ; mais les manières des sadducéens sont beaucoup plus rudes et entre eux et envers leurs semblables, qu'ils traitent comme des étrangers. » - Hengstenberg prend διαλογίζεσθε dans un sens intransitif et donne au au ὅτι suivant le sens de parce que : « Vous ne réfléchissez pas, vu qu'il est plus utile que… » Il est plus naturel de faire de la proposition qui commence par ὅτι le contenu du διαλογίζεσθε : « Vous n'y entendez rien et vous ne réfléchissez pas que… » La leçon διαλογίζεσθε « Vous ne savez pas en raisonnant tirer au clair que…, » est préférable à celle qui lit le simple λογίζεσθε, et qui résulte d'une négligence ou d'une correction mal entendue. - La leçon ἡμῖν, pour nous, a, au fond, le même sens que la variante ὑμῖν, pour vous, mais elle déguise un peu mieux le caractère égoïste et personnel du vote émis (comparez le ἡμῶν v. 48). - L'emploi des termes λαός et ἔθνος dans le v. 50 n'est point arbitraire. Le premier (correspondant au am hébreu) désigne la multitude des individus formant la nation théocratique, en opposition à l'individu unique qui doit périr, tandis que le second (répondant à goï) désigne Israël comme corps politique opposé à la nationalité étrangère, celle des Romains.