Le message des sœurs est plein de délicatesse ; voilà pourquoi l'évangéliste le reproduit tel qu'il était sorti de leur bouche (λέγουσαι, disant). L'allocution κύριε, Seigneur, fait allusion à la puissance miraculeuse de Jésus ; le terme ἴδε, voici, à l'impression que ne manquera pas de produire sur lui cette nouvelle inattendue ; enfin l'expression ὅν φιλεῖς, celui que tu aimes, à la tendre affection qui unit Jésus à Lazare et qui leur fait un devoir de ne pas lui laisser ignorer le danger que court son ami. Pourtant, elles n'insistent point ; comment le presseraient-elles de venir, elles qui connaissent les périls qui l'attendent en Judée ? Elles exposent le cas : « Juge toi-même de ce qu'il faut faire. »
La parole de Jésus (v. 4) n'est pas donnée comme une réponse à ce message ; il y a : il dit, non : il répondit. C'est une déclaration qui est aussi bien à l'adresse des disciples présents qu'à celle des sœurs absentes. - Il faut connaître bien peu le caractère constamment original et si souvent paradoxal des paroles du Seigneur, pour s'imaginer qu'il ait voulu dire sérieusement que Lazare ne mourrait point de cette maladie, et que plus tard seulement, à la suite d'un second message sous-entendu dans le récit, il ait reconnu son erreur (v. 14). Sans doute, comme l'observe Lücke la gloire de Jésus ici-bas n'impliquait point la toute-science mais sa pureté morale excluait l'affirmation de ce qu'il ignorait. Reuss dit fort bien : « Ce n'est point ici une déclaration médicale. » L'expression dont se servait Jésus était amphibologique ; qu'elle renfermât une annonce de guérison ou une promesse de résurrection, elle signifiait pour les disciples que le résultat définitif de cette maladie ne serait pas la mort (οὐ πρὸς θάνατον). - La gloire de Dieu, c'est l'éclat que répand dans les cœurs la manifestation de ses perfections, spécialement de sa puissance agissant au service de sa sainteté ou de son amour. Et quel acte serait plus propre à produire un pareil effet que le triomphe de la vie sur la mort ? Comparez Romains 6.4. Au v. 40, Jésus rappelle à Marthe la parole qu'il prononce ici, en ces mots : « Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » - On peut et on doit conclure de cette expression qu'au moment où Jésus parlait de la sorte, la mort de Lazare et sa résurrection étaient déjà des faits présents à ses yeux : car les termes si graves : pour la gloire de Dieu, afin que…, indiquent plus qu'un simple miracle de guérison (voir Keil). C'est donc jusqu'au moment actuel qu'il faut remonter pour placer l'exaucement dont il rend grâces au v. 41. - Cette manifestation de la puissance divine devait aussi répandre son éclat sur celui qui en était l'agent. Comment Dieu serait-il glorifié en la personne du Fils, sans que celle-ci participât à cette gloire ? Ἵνα, afin que, n'indique donc pas un second but juxtaposé à celui qui a été précédemment indiqué (ὑπέρ) ; c'est l'explication du moyen par lequel celui-ci sera atteint. On voit dans ce passage combien le sens du nom de Fils de Dieu dépasse, dans la bouche de Jésus, celui du titre de Messie : il désigne ici (comparez 10.30) celui qui est tellement uni au Père que la gloire de l'un est celle de l'autre. - Le pronom δι’ αὐτῆς, par elle, pourrait être rapporté à la gloire ; mais il est plus naturel de le rapporter à la maladie. - Cette parole rappelle celle de 9.3 ; mais elle la surpasse en grandeur dans la même mesure ou la résurrection de Lazare surpasse en éclat la guérison de l'aveugle-né.