La nouvelle commotion intérieure que ressent Jésus est évidemment provoquée par la remarque malveillante des Juifs (v. 37) ; Jean lui-même le fait entendre par le donc (v. 38). Mais cette secousse paraît avoir été moins profonde que la première et plus promptement réprimée. Ce détail très naturel est une nouvelle preuve de la fidélité du récit.
Le sépulcre était un caveau creusé dans le roc, soit horizontalement, soit verticalement. Le verbe ἐπέκειτο signifie, dans le premier cas, que la pierre était dressée devant l'entrée du caveau : dans le second, qu'elle était posée sur son ouverture. On voit autour de Jérusalem de nombreux tombeaux soit de l'une, soit de l'autre forme. Si le tombeau que l'on montre aujourd'hui comme celui de Lazare, l'était réellement, il aurait appartenu au second type. C'est un caveau creusé dans le roc où l'on descend par un escalier étroit de vingt-six degrés. Robinson a prouvé sur ce point, comme sur tant d'autres, l'inauthenticité de la tradition. - Les pierres par lesquelles on fermait ces caveaux pouvaient facilement être enlevées ; elles n'étaient destinées qu'à arrêter les bêtes sauvages. - Il y a entre le second mouvement d'indignation de Jésus et l'ordre décisif : Otez la pierre relation analogue à celle que nous avons remarquée entre la première émotion de ce genre et la question : Où l'avez-vous mis ? On peut aisément se représenter l'état d'attente dans lequel cet ordre jeta toute cette foule.
L'observation de Marthe (v. 39) provient-elle, comme le pensent plusieurs interprètes, d'un mouvement d'incrédulité ? Mais, elle qui espérait le retour de son frère à la vie avant la promesse de Jésus (v. 22 et 23), aurait-elle pu en douter après une déclaration comme celle-là ? Cela n'est pas possible. Par cette remarque elle ne veut nullement empêcher l'ouverture du sépulcre ; elle exprime simplement son anxiété en prévoyant la sensation pénible que vont éprouver Jésus et les assistants, du fait d'un être qui lui tient de si près et lui est si cher. Comme sœur du mort, elle éprouve une sorte d'embarras et de confusion. Il faut se rappeler combien l'idée de souillure se rattachait étroitement, chez les Juifs, à celle de mort et de corruption. C'est donc ici une exclamation dictée par un sentiment de respect pour celui à qui elle parle : « Seigneur, » et par une sorte de pudeur pour la personne de celui dont il s'agit : « la sœur du mort. » - On a pensé (Weiss, Keil, Wahle, Bonnet, etc.) que l'assertion de Marthe : il sent déjà, n'était de sa part qu'une simple supposition, qu'elle justifie logiquement en ajoutant : Car il est là depuis quatre jours. Mais il faut plutôt voir dans ces mots l'expression d'un fait qu'elle a constaté elle-même en visitant le sépulcre ; comparez v. 31. Les mots : Car il est là depuis…, indiquent la cause, non la preuve de ce fait que les soins des deux sœurs n'avaient pu prévenir. Cette réflexion, bien loin de prouver, comme le croit Weiss, que Lazare n'avait pas été embaumé, suppose simplement qu'il l'avait été à la manière des Juifs. Chez les Egyptiens, on enlevait les entrailles et tout ce qui se corrompt facilement, tandis que chez les Juifs on se bornait à envelopper le corps de parfums, ce qui ne pouvait à la longue arrêter la corruption. L'attente de l'arrivée de Jésus n'avait certainement pas empêché, comme plusieurs l'ont supposé, d'accomplir cette cérémonie. Le v. 44 ne montre-t-il pas que Lazare avait les membres enveloppés de bandes comme les autres morts (comparez 19.40) ? - Mais même si la remarque de Marthe ne provenait pas d'un mouvement d'incrédulité, le fait signalé pouvait néanmoins provoquer chez elle une défaillance en cet instant décisif ; aussi Jésus l'exhorte-t-il à élever sa foi à toute la hauteur de la promesse qu'il lui a faite.